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Philippe Jaroussky - Emmanuel Cencic, contre ténors

par Olivier Olgan

Mystères et fascinations des voix de haute contre

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Pour ceux qui sont fascinés par les couleurs vocales du contre ténor, l’opéra de Stefani Landi, Il Sant’Alessio constitue une véritable fête grâce à une distribution à 100% masculine. Avec huit contre ténors incarnant tous les rôles et tous les registres vocaux. Deux chanteurs de cette distribution exceptionnelle, Philippe Jourousky et Max-Emanuel Cencic évoquent la magie de leur tessiture.

Déchirant le silence ou les accents soutenus de la viole, les voix de Philippe Jaroussky et de Max Emmanuel Cencic sont des fils de soie tendus à la limite extrême de la rupture. Aérien jusqu’à l’extase, illuminé de l’intérieur par une jubilation ardente, le timbre du contre-ténor tire son intensité - et le trouble qu’il inspire - de son artifice même. L’un comme l’autre, ils refusent de considérer leur voix comme un phénomène. « Ce n’est que la voix la plus aiguë dont un homme est capable. rappelle Jaroussky. " L’émission vocale passe par la tête et non par la poitrine. C’est ce qui la différencie de celle de ténor ou de basse. Son ambiguïté naît de ce qu’elle ne se situe pas entre la voix d’homme et de femme, mais entre celle de d’homme et d’enfant. »

Un no man’s land, entre authenticité dogmatique et l’adaptation musicale moderne

Je ne crois pas que ma voix soit extérieure ou magique, insiste Max Emmanuel Cencic. "Nous exploitons simplement une autre facette de nos voix d’homme. Plus on analyse l’histoire – à travers les témoignages et manuels que ces chanteurs ont laissés, plus leur interprétation en devient finalement logique. Par la virtuosité de ses effervescences vocales, le contre ténor semble recréer à chaque souffle un miracle. Cette "impression que les siècles remontent leur cours " selon le compositeur britannique Michael Tipett, mêle fascination et ravissement.

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Emmanuel Cencic (c) Robert Recker

Le mystère de ces voix au registre si inouï, mezzo soprano pour Cencic, ténor pour Jaroussky, cristallise déjà sa définition technique : " C’est très confus, reconnaît Jaroussky, il y a beaucoup d’appellations différentes. On parle de haute-contre pour la musique baroque française : Lully, Rameau…La voix de contre-ténor, proche du registre très haut du fausset, s’apparente à une voix de ténor léger, aux aigus puissants. En revanche, un contre-ténor peut chanter Bach, Vivaldi, ou Purcell "

Et avec quelle volupté !, serait-on tenté de dire quand on écoute la richesse de la discographie de Jaroussky, des ‘Heroes’ de Vivaldi au ‘Dixit Dominus’ de Haendel, ou de Cenci et ses « airs héroïques » de Rossini (tous chez Virgin Classics) ! Au fil de l’émotion , entre ambiguïté et charme, nos oreilles distillent ce qui est limpide, dés la première écoute. Des contrées de grâce et de miel insérés dans ces répertoires italiens, français ou allemands où musique et verbe se séduisent l’un l’autre !

Chanteur et caméléon

Un chanteur de musique ancienne doit être un caméléon. Cencic précise :
« Je suis dans le travail historique, avec la même technique quelques soit l’évolution de ma voix – d’enfant à mezzo soprano. Pour captiver l’énergie du chant et la restituer au public. Avec - et ce qui nous différencie des pratiques de l’époque - un respect total du texte et du style ».
Jaroussky ne dit pas autre chose même si par provocation, il n’hésite pas à se dire imposteur tant la réalité historique de la voix des castrats est éloignée de la sienne. "Ce qui compte, c’est de faire de la musique, de restituer l’œuvre dans son jus le plus pur". tout en gardant une certain lucidité sur ce qu’un chanteur d’aujourd’hui peut obtenir en comparaison des prodiges obtenus par les castrats.

Des voix de tête et de virtuosité

Dans son hommage au castrat Carestini (Virgin Classics), Jaroussky ne prétend pas simuler les gammes irréelles des castrats ; il en évoque seulement la saveur et les vertiges ; ces airs de Porpora, Leo ou Graun en passant par Haendel et Gluck en constituent le plus vibrant et délicat témoignage. Cet âge d’or fascine aussi les compositeurs contemporains : Jaroussky s’apprête à chanter Dalbavie ou Giraud !
Avec les airs de Tancredi de Rossini, Cencic à son tour exhale des couleurs sonores d’une séduction vraiment insolite. Quasi surnaturelle. En récital ou en troupe, ces deux chanteurs, dans leur quête de perfection, ouvrent plus de mystères qu’ils n’en comblent.

Il Sant’Alessio de Landi, les 21, 23 et 24 novembre à 19h30 au Théâtre des Champs-Elysées. - 01 49 52 50 50. www.theatrechampselysees.
Du 23 au 30 janvier 2008 à l’Opéra de Nancy - 03.83.85.33.20 www.opera-national-lorraine.fr
Pour en savoir plus sur Jaroussky et Cencic :

www.philippejaroussky.fr

www.cencic.net

Crédit photo Philippe Jaroussky : Ribes&Vo Van Tao

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