Peter Grimes de Benjamin Britten

Simple et évidente, une production de référence

Peter Grimes de Benjamin Britten

Cette réalisation du Peter Grimes de Benjamin Britten présentée à Anvers et Gand par l’opéra de Flandre en coproduction avec l’English National Opera restera pour longtemps sans doute son approche la plus réussie. La plus fidèle et la plus inventive.

Dès le lever de rideau on est au cœur du sujet, ce petit port de pêche au nord ouest de l’Angleterre dont le poète George Crabbe (1754-1832) fit le noyau d’une tragédie de la mer et des hommes. Plus de deux siècles plus tard, Benjamin Britten (1913-1976), le mit en opéra - son premier opéra créé en 1945 -, avant de s’en aller vivre lui-même dans ce bourg d’Aldeburgh qui inspira le poète et où il se sentait chez lui.

Un village où tout le monde se connaît et s’épie, les ragots, les rumeurs : il y a dans ce Peter Grimes une parenté d’oppression et de solitude avec la Jenufa de Janacek, le poids des autres, masse compacte dont les regards et les mots pèsent jusqu’à étouffer. Et aussi celui de la bigoterie religieuse, ses dogmes et ses superstitions.

Serrés les uns contre les autres les villageois en effervescence, visibles à mi-corps, apparaissent groupés derrière un praticable en pente légère sur lequel sont posés des grandes tables rectangulaires aux pieds métalliques. Manipulées par le chœur, de scène en scène, d’acte en acte, elles vont se transformer en tribunal, en pub, en quai, en esplanade, en masure. Des panneaux ondulés délimitent les espaces en tons de rouille et de grisaille. Au centre une colonne d’accastillage sert de point de repère. Tout est simple et évident dans la mise en scène de David Alden et les décors mobiles de Paul Steinberg où s’inscrivent les personnages et leurs errements d’âme.

Jorma Silvasti, Peter Grimes idéal

Dès qu’il apparaît, dès qu’il chante sa première note, le ténor finlandais Jorma Silvasti s’impose comme « le » Peter Grimes idéal, comme pouvait l’être autrefois un Jon Vickers. Convaincant, émouvant, comme il fut déjà d’emblée « le » Florestan du Fidelio de l’Opéra National du Rhin (voir webthea du 18 juin 2008). Épaules larges et cœur de porcelaine, il est ce pauvre bougre, ce « pas de chance » aux allures de brute qui rêve d’amour et de paix mais qui n’y arrive pas. Marin pêcheur maladroit, il perd les orphelins qui lui sont confiés – à l’époque ils étaient « placés », plutôt « vendus » comme apprentis -. La voix est ample, le phrasé lumineux, la diction impeccable, le jeu à fleur de nerfs.

Idées et trouvailles

Autour de lui s’agite la faune villageoise des buveurs de bières, trousseurs de jupons, moralistes du dimanche, Auntie, patronne du pub, sa canne, son tailleur rayé, son manteau de fourrure (Rebecca de Point Davies, tranchante et pointue), ses deux nièces (Lisbeth Devos et Tineke Van Ingelgem, écolières godiches montées sur ressorts d’automates), Ned Keen, le pharmacien ondulant (Leigh Melrose), Hobson, le charretier (Milcho Borovinov), Swallow, l’avocat grande gueule ( (Graeme Danby). Et ses seuls amis : le capitaine à la retraite Balstrode (Peter Sidhom généreux et compatissant) et surtout l’institutrice Ellen Oxford, la femme aimée, aimante à laquelle la soprano anglaise Judith Howard apporte sa rondeur laiteuse et son timbre clair.

Sous des apparences classiques la mise en scène de David Alden regorge d’idées et de trouvailles, celle des deux nièces notamment ou celle de cette corde de varappe censée retenir l’enfant au sommet de la falaise où Grimes l’a expédié et dont il tombera mortellement.

Leif Segerstam, chef et compositeur finlandais, dirige l’orchestre symphonique de l’Opéra de Flandre/Vlaamse Opera avec lyrisme et précision, faisant éclater les orages et mesurer les accalmies, laissant aux silences la vertu des musiques de l’intime.

Peter Grimes de Benjamin Britten, livret de Montagu Slater d’après The Borough de Georges Crabbe. Orchestre Symphonique de l’Opéra de Flandre/Vlaamse Opera, direction Leif Segerstam, mise en scène David Allen, décors Paul Steinberg, costumes Brigitte Reiffenstuel, lumières Adam Silverman. Avec Jorma Silvasti, Judith Howard, Peter Sidhom, Rebecca de Pont Davies, Liesbeth Devos, Tineke Van Ingelgem, Christopher Lemmings, Graeme Danby, Caroline Wilson, Philip Sheffield, Leigh Melrose, Milcho Borovinov, Louis Janssens, Adriaan Verschueren.

Opéra de Flandre/Vlaamse Opera :

à Anvers : du 13 au 27 juin

à Gand : du 3 au 10 juillet

+32 (0)70 22 02 02

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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