Accueil > Pelléas et Mélisande de Claude Debussy et Maurice Maeterlinck

Critiques / Opéra & Classique

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy et Maurice Maeterlinck

par Caroline Alexander

Epure poétique et voix idéales

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Après l’Etoile de Chabrier et Carmen de Bizet, Jérôme Deschamps fait rentrer au bercail une troisième œuvre née sur la scène de son Opéra Comique : Pelléas et Mélisande, l’unique opéra que Claude Debussy composa d’après une pièce du poète belge Maurice Maeterlinck y fut créée le 30 avril 1902. Le voilà de retour dans les épures à la fois poétiques et cérébrales de Stéphane Braunschweig, metteur en scène et scénographe. Avec, dans les trois principaux rôles, un trio exceptionnel : Philipp Addis en Pelléas, Karen Vourc’h en Mélisande et Marc Barrard en Golaud, incarnent idéalement les héros de cet étrange plongée dans l’antichambre des mystères de l’amour et de la mort.

La griffe Braunschweig, l’actuel directeur du Théâtre National de la Colline, se reconnaît d’emblée : cette intelligence réfléchie, cette façon de ramener les choses à voir et à entendre à l’essentiel, de leur confectionner des paysages à l’architecture abstraite, en quelques traits, en quelques murs qui s’ouvrent et se ferment sur l’univers mental des personnages. Ici dominent les symboles qui rejoignent ceux du monde de Maeterlinck, chantre de cette poésie où les mots, les sons et les images sont suggestions. Ces hautes cloisons grises en forme de stores sont la prison qui isole la monarchie du royaume d’Allemonde du reste de la terre. Cette ronde croûte lunaire qui dégringole en plan incliné représente bien le sol qui se dérobe sous les pieds de ceux qui se cherchent. La fontaine s’y enfonce comme un puits sans fond, la tour devient un phare, tantôt miniature - jouet ou bibelot - tantôt grandeur nature – ou supposé tel – qui évoque la mer omniprésente et qu’on ne voit jamais.

Sur ces éléments allégoriques viennent se greffer des accessoires quasi véristes : le fauteuil roulant du vieil Arkel, un lit d’hôpital avec perfusion où est soigné Golaud blessé après sa chute de cheval, puis au final une couveuse pour le bébé que Mélisande met au monde avant de mourir. Points de rupture ou rappels à la réalité ? Il n’est pas sûr qu’ils apportent un supplément de lumière sur les êtres. Pas plus que Mélisande enceinte, un état sous entendu mais qui n’est jamais montré….

Un saut dans le désir où les distances sont abolies

A la beauté de ces images déclinées en noir et blanc et jaillissements de pointes rouge, s’ajoute une magistrale direction d’acteurs. La scène de l’acte III où Pelléas s’enivre des cheveux de Mélisande penchée à la fenêtre de sa tour devient ici un prodigieux acte d’amour et de sensualité, un saut dans le désir où les distances sont abolies. Karen Vourc’h semble née pour être Mélisande, elle en a la grâce et le mystère, oiseau venu de nulle part pris au piège, un parler d’une parfaite clarté, un timbre chatoyant qui tutoie les aigus et fait pleurer les graves. Elle fut dans ce même théâtre une Juliette délicieusement délurée dans le Roméo et Juliette de Pascal Dusapin. En Mélisande la voilà dans la cour des grandes. Son Pelléas, le jeune Américain Phillip Addis chante pour la première fois en France : une découverte, un vrai baryton martin, cette tessiture rare qui emprunte ses aigus au ténor et qui est justement celle, souvent introuvable, du héros de Debussy. Beau gosse, bel acteur et prononçant en prime un français pratiquement sans accent. Marc Barrard en Golaud éblouit par la force, la justesse, la sombre clarté de son timbre et par la perfection de sa diction car Debussy, on le sait, se parle autant qu’il se chante. Avec des athlètes comme ces trois-là, les surtitrages deviennent superflus.

Sur leurs instruments d’époque, les musiciens de l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique, une phalange créée et toujours dirigée par Sir Eliott Gardiner font balancer Debussy de la langueur au galop. Soixante instrumentistes dans la fosse de l’Opéra Comique, c’est trop pour son acoustique. Les voix, parfois couvertes, en font les frais. Mais on se laisse emporter par les sortilèges de cette musique qui ne ressemble à aucune autre et par tout ce qui est donné à voir et à entendre sur scène.

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy d’après la pièce de Maurice Maeterlinck. Orchestre Révolutionnaire et Romantique et Accentus, direction Sir John Eliot Gardiner, mise en scène et scénographie, Stéphane Braunschweig, costumes Thibault Vancraenenbroeck, lumières Marion Hewlett. Avec Phillip Addis, Karen Vourc’h, Marc Barrard, Markus Hollop, Nathalie Stutzmann, Dima Bawab, Luc Bertin-Hugault.

Opéra Comique les 14, 16, 18, 22, 24 & 29 juin à 20h, le 27 à 15h

0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

© Elisabeth Carecchio pour l’Opéra Comique

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.