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Critiques / Théâtre

Peines d’amour perdues de Shakespeare

par Gilles Costaz

L’impossible renoncement au plaisir

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Par quelle porte, à quel étage entrer dans Peines d’amour perdues dont le suractif Studio-Théâtre d’Asnières nous restitue le texte sous-estimé mais pourtant fort brillant de François-Victor Hugo ? C’est à la fois une farce, une comédie politique, un poème d’amour, une aventure gaillarde, un conte ésotérique et une joute verbale de haut vol. Le roi de Navarre prend le parti de s’enfermer avec trois gentilshommes dans un château et de s’y consacrer à la réflexion et à la méditation. Le repos, la distraction et la compagnie des femmes sont interdits. L’un des seigneurs répugne à adopter cet austère programme mais finit par suivre le mouvement. Cette obligation de repli quasi monacal est immédiatement mise en cause par l’arrivée de la princesse de France, qui vient parler argent et politique. Elle est ravissante et escortée de trois amies d’une beauté égale. Les jeunes gens laissent les jeunes filles à la porte, n’acceptant de les voir que lors de promenades hors du château. Mais la rigueur du roi se lézarde ; chacun essaie de cacher à l’autre l’émotion éprouvée et la quête amoureuse à laquelle il s’adonne sans tarder. Toute une série de malentendus, de jeux, d’escarmouches et de pièges mèneront les seigneurs et les dames aux plaisirs de l’amour partagé.
La mise en scène d’Hervé Van Der Meulen parvient à faire face aux différentes entrées et aux différents étages. Ce spectacle, économe en décors (un fond de forêt et tout juste un tréteau sur la scène, mais aussi les loges de la salle pour transposer l’action au-delà du plateau), abondants en costumes et riche en acteurs (ils sont seize !), enchante à la fois par sa complexité et par sa simplicité. Il alterne dans une souplesse rapide les scènes d’intérieur et les scènes de verdure, les instants intimes et les moments de faste, la blague crue et le raffinement extrême. On ne peut citer tous les comédiens, mais, dans cette affirmation d’une génération talentueuse, on peut saluer Délia Espinat-Dief qui, en princesse de France, emmène dans la subtilité le quatuor féminin composé également d’Ambre Dubrulle, Constance Guiouillier et Juliette Malfray. Dans le groupe masculin, Laurent Prache, chargé du rôle de Biron, est la figure de proue, entouré de Pier-Niccolo Sassetti, Théo Hurel et Aksel Carrez. Pour chanter et donner à la soirée son tempo musical, Pierre-Antoine Lenfant a de la classe. Dans de personnages d’âge mur Mathias Maréchal et Hervé Van Der Meulen ont la bonne autorité sans solennité. Tous donnent les diverses vérités théâtrales de cette grande comédie sans féerie.

Peines d’amour perdues de William Shakespeare, traduction de François-Victor Hugo
Mise en scène Hervé Van der Meulen Chorégraphie Jean-Marc Hoolbecq Scénographie Claire Belloc
Costumes Isabelle Pasquier Lumières Stéphane Deschamps Conseillère musicale Juliette Malfray Maquillage Audrey Millon Assistants à la mise en scène Lubin Labadie et Ulysse Robin
Avec
Aksel Carrez, Ambre Dubrulle, Délia Espinat-Dief, Constance Guiouillier, Thomas Harel, Théo Hurel, Lubin Labadie,
Pierre-Antoine Lenfant, Juliette Malfray, Mathias Maréchal, Juliette Maurice, Laurent Prache, Soulaymane Rkiba, Ulysse Robin, Pier-Niccolo Sassetti et Hervé Van der Meulen

Studio-Théâtre d’Asnières, tél. : 01 47 90 95 33, jusqu’au 14 avril. (Durée : 2 h 10).

Photo Miliana Bidault.

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