Du 12 au 22 novembre 2025 au Festival TNB -Théâtre National de Bretagne - Rennes.
Paradoxe, une création de et avec Florence Janas et Guillaume Vincent.
Entre la vie et la fiction, la rencontre joyeuse de deux olibrius imprévisibles qui contrent le malheur.

Paradoxe est issu d’une complicité et d’une collision où les récits agissent comme des bouffées cathartiques. Paradoxe est la représentation de nos êtres démontés et remontés, de nos cœurs à vif, ouverts à ceux qui sont là, vivants, avec nous, quelque part entre ce qui existe et ce qui n’existe plus. Paradoxe est le nom de notre enfant imaginaire, note Florence Janas : la force de la scène et du théâtre vivant transcende ainsi les chagrins intimes.
D’un côté, le retour chez sa mère à Uzès pour Guillaume, une mère aux prises avec les problèmes de l’âge - perte de confiance et fragilisation -, petits maux très sérieux auxquels remédie le fils attentif, autant que faire se peut, sur le chemin d’une médicalisation irréversible - angoisse de la fin. Et c’est le passé et l’enfance du garçon qui s’invitent à sa conscience éveillée.
De l’autre, la mère même de Florence Janas est victime d’un AVC, connaît des troubles du langage et l’aphasie que sa fille-aidante imite avec tendresse. L’expérience est ainsi commune pour Lui et pour Elle qui se familiarisent avec les maladies neuro-dégénératives maternelles, avec la fin triste de toute vie.
L’occasion théâtrale est d’accorder à la scène une autofiction, soit une fiction d’événements et de faits réels donnant à l’auteur la liberté de romancer ou de prolonger sa propre vie, à travers un bol d’air d’imagination ou de poésie.
La situation parentale dégradée que connaissent les protagonistes est certes universelle, mais tous deux ont l’invention et l’audace scéniques de retourner la tristesse et la mélancolie de l’épreuve - la souffrance de la fragilisation irrémédiable des siens - en un rire bienfaisant, réparateur et salvateur - comédie grotesque et fantasque dont l’effet de consolation réjouit.
Ecouter les deux clowns qui vivent l’instant présent, en recourant au passé. Guillaume, seul en scène semble attristé et comme abasourdi par une chape de plomb de laquelle il ne peut décidément pas s’extraire, en train de peindre à la brosse non pas « le petit pan de mur jaune », mais un grand pan élevé. Convaincu, l’artisan d’un jour ? Il ne le semble pas, tant le chagrin est lourd.
Or, Florence est là sur le plateau face public pour prendre en charge les afflictions et les peines de son partenaire. Prothèse d’un nez fort et petite moustache insolite, bonnet sur la tête, elle incarne, en même temps ou successivement son camarade masculin navré, jouant de l’humour et des facéties que sa gourmandise du plateau révèle en majesté, miaulant tel le chat Musette, aboyant tel le chien Sultan, avec la voix chevrotante de la mère, qui se souvient d’un passé de sage-femme et de patientes au destin tragique.
Le parler de la comédienne est inénarrable, populaire et trivial - un numéro désuet et inusable de clown d’enfance -, mais dont la témérité est sublime, tant elle révèle une authenticité pleine d’humanité. L’actrice joue tous les personnages, jeunes et moins jeunes, joggers ou animaux domestiques.
« wouaf wouaf Tais toi Sultan (bas) Tu commences à me casser les couilles, je me ferais à bouffer tout seul… Alors je me mets dans ma bulle et dans mon univers. (mains sur les oreilles) Pis heureusement... qu’Sultan l’est là... parce que... c’est l’seul... qui m’comprend... c’est vrai, il me comprend... Sultan, y me fera jamais d’mal... Y s’ra toujours là pour moi...Moi si un jour mon chien y meurt, j’serai plus triste qu’à l’enterrement d’mon père ou d’j’sais pas qui.... Ce chien y est comme un... pour moi... y est mieux qu’un humain même j’veux dire… » Ainsi parle la mère qui se sent dessaisie du monde, de la vie.
Un concert sonore et théâtral réussi qui laisse fuser les réalités de la vie, ses trivialités et ses atermoiements désordonnés, tellement justes et pertinents que le public est ravi au sens propre par ces interpellations qui invitent à ce qu’on se reconnaisse dans ces petits détails de l’existence qu’on néglige car jetant une ombre ou mettant un peu en sourdine la belle aventure de vivre.
Les protagonistes prennent le taureau par les cornes, et sortent vainqueurs.
Paradoxe, création de et avec Guillaume Vincent, artiste associé au TNB - Rennes, et de Florence Janas, au Festival TNB - Rennes, du 12 au 22 novembre 2025, dramaturgie Marion Stoufflet, scénographie Daniel Jeanneteau, Guillaume Vincent, son Yoann Blanchard, lumière Sébastien Michaud, costumes Fanny Brouste, couture Lucile Charvet, regard chorégraphique Zoé Lakhnati, régie générale et lumière (en alternance) Karl-Ludwig Francisco, Matthieu Marques Duarte, régie plateau Muriel Valat, prothèses Jean-Christophe Spadaccini, stagiaire à la mise en scène Katarina Jungova. Du 3 au 5 décembre 2025, CDN de Béthune. Au Festival TNB - Rennes, du 12 au 22 novembre 2025. Du 15 au 26 janvier 2026, T2G – Théâtre de Gennevilliers. Du 11 au 13 mars 2026, Centre Dramatique National de Tours – L’Olympia.
Crédit photo : Gwendal Le Flem.



