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Critiques / Théâtre

Par-delà les marronniers, revu(e) de Jean-Michel Ribes

par Gilles Costaz

Le cabaret des dadaïstes oubliés

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Jean-Michel Ribes tend la main à des personnages d’un passé bien éloigné des temps plutôt raisonnables où nous vivons : trois figures du dadaïsme qui défiaient l’ordre moral, bourgeois et militaire, au début du XXe siècle, pendant et après la guerre de 14-18. La pièce donne une vie imaginaire à Jacques Vaché, dandy et inventeur de l’ « umour sans h », Arthur Cravan, poète boxeur, et Jacques Rigaut, qui se disait « raté-étalon » et dont la vie inspira le roman de Drieu La Rochelle, Le Feu follet.
Rien de biographique dans la mise en tourbillon théâtral de ces trois existences. Ribes a choisi la forme du cabaret, de la revue, qui fait penser à des anti-Folies Bergère. Il y a bien des danseuses-chanteuses (les excellentes Sophie Lenoir, Alexie Ribes et Aurore Ugolin) mais elles subvertissent le genre par la parodie et la mise en cause des goûts fripons des bons bourgeois. Quant aux trois héros du mal de vivre, du mal penser et du bien écrire (bien qu’ils aient peu écrit : ils ont plus une façon d’être affirmée qu’une œuvre cataloguée), ils se croisent selon les aléas d’un décor cubiste et du carrousel de passants qui veulent les prendre dans les griffes du service militaire ou de l’amour tyrannique. Maxime d’Aboville est un remarquable Jacques Vaché, Michel Fau est un Arthur Cravan de haut vol et Hervé Lassïnce un Jacques Rigaut subtilement brisé. Stéphane Roger assure crânement les autres petits rôles masculins.
D’aucuns verront dans ce voyage au-delà des marronniers (c’est-à-dire au-delà des sujets battus et rebattus) un Ribes de plus, un match de boxe où les coups ont leur poids rire post-absurde. En fait, c’est un beau spectacle profond, sincère, moins blagueur que les comédies d’avant, où l’écrivain – qu’on peut découvrir aussi dans ses excellents mémoires, Mille et Un Morceaux (éditions de l’Iconoclaste) – met son cœur à nu : un cœur qui rit d’une artère et pleure de l’autre.

Par-delà les marronniers, revu(e), texte et mise en scène de Jean-Michel Ribes, musique originale de Reinhardt Wagner, scénographie de Sophie Pérez avec la complicité de Xavier Boussiron, costumes de Juliette Chanaud, lumières de Laurent Béal, chorégraphie de Fabrice Ramalingom, avec Maxime d’Aboville, Michel Fau, Hervé Lassïnce, Sophie Lenoir, Alexie Ribes, Stéphane Roger, Aurore Ugolin.

Théâtre du Rond-Point, 20h30, tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 24 avril. Texte aux éditions Actes Sud Papiers. (Durée : 1 h30). A lire : Mille et un morceaux de Jean-Michel Ribes, éditons L’Iconoclaste.

Photo Giovanni Cittadini Cesi.

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