Du 9 au 20 décembre 2025 et du 3 au 7 février 2026 à 18h au Petit-Odéon Théâtre de l’Europe 6è.
Pallaksch #2 Le Voile de Pierrette, pantomime d’après Arthur Schnitzler.
La Parole d’avant les mots dans le silence apparent de la pantomime.

Pendant presque quatre mois, la metteuse en scène Marie-José Malis occupe le « Petit Odéon » pour y présenter ses Pièces élémentaires, qui renouent avec la tradition du studio de théâtre, un espace d’expérimentation.
Reclus dans sa tour à Tübingen, le poète allemand Hölderlin, prononçait le mot « Pallaksch » - une langue imaginaire inventée. Re-motivé par Marie-José Malis, c’est devenu le mot de passe d’un théâtre soucieux de son langage.
Écrit sous la forme d’une pantomime à la fin du XIXe siècle, Le Voile de Pierrette raconte l’amour impossible entre Pierrot et Pierrette, promise à Arlequin. Sous ses airs enfantins, la fable d’Arthur Schnitzler dévoile la cruauté et le non-sens de son époque. La metteuse en scène retrouve dans cette forme oubliée un théâtre du geste - un langage archaïque, où les corps, les visages et les rythmes traduisent la désorientation du monde moderne.
La pantomime est un poème visuel, un rite magique exorcisant la noirceur et la férocité du temps. Le Pierrot macabre était en cours à la fin du XIX è siècle et au début du XX è, après le traumatisme sanglant de la Commune, époque qui correspond aussi à l’arrivée du machinisme et de la révolution industrielle - rythme existentiel nouveau des corps asservis à la tension de la machine.
La farce grotesque ou arquelinade est une forme de pantomime dégagée des influences antiques et italiennes, et s’accomplit dans le travail de Jean-Gaspard Debureau au Théâtre des Funambules. Sa création du Pierrot enfariné, modelé sur la Commedia dell’arte et sur des formes françaises, incarne une figure à la fois romantique et sociale, répondant aux attentes d’un large public. Avec Debureau, le jeu de mime se débarrasse du superflu : le visage simplement grimé, le corps légèrement vêtu, exprimant des émotions jusque là bridées sous les masques et les costumes allégoriques.
Le Pierrot de Marie-José Malis rappelle le personnage que Jean-Louis Barrault fait revivre dans Les Enfants du paradis (1945) de Marcel Carné. La figure finit par se figer à son tour dans le cliché, et lasse un public qui se tourne vers le vaudeville et l’opérette bouffe.
La reprise de la pantomime à la fin du XIX è siècle avec le Cercle funambulesque du Théâtre-Libre d’Antoine passe par un recul de la tradition foraine et populaire et prend en compte la technique théâtrale pour exprimer les mouvements complexes de l’être intime, hors des attitudes et mimiques convenues, attirant des comédiennes pour la première fois - ainsi, La Vagabonde de Colette -, se rapprochant du théâtre antique, extrême-oriental, notamment chinois, du théâtre balinais dont parle Artaud, accueillant « La Parole d’avant les mots. »( Le Théâtre et son double.)
Dans Le Voile de Pierrette, le public est rivé à la figure d’un Pierrot lunaire blanc - sublime et tragique Juan Crespillo - triste et mélancolique dans son costume de lin blanc cassé et son élégante collerette à double volant. De son côté, Pierrette - Isabel Oed/Sylvia Etcheto en alternance -, vêtue d’une robe de voile légère à ample doublure blanc cassé, relève de la même grâce et prestance, infiniment triste de ne pouvoir rejoindre ni sauver son amant.
Quant à Olivier Horeau en Arlequin, vêtu de l’habit sombre du marié, il fait penser à l’Amoureux de Peynet, conquérant à la mine sombre et inquiète.
Un spectacle plein de délicatesse qui laisse affleurer les émotions tant du côté des acteurs silencieux mais éloquents que de celui des spectateurs.
Pallaksch #2, Le Voile de Pierrette, pantomime d’après Arthur Schnitzler, conception et mise en scène Marie-José Malis. Avec Juan Crespillo, en alternance Isabel Oed/Sylvia Etcheto, Olivier Horeau. Lumière Jessy Ducatillon, son Solal Mazeran, costumes Pascal Batigne, scénographie Adrien Marès, Jessy Ducatillon. Du 9 au 20 décembre 2025, et du 3 au 7 février 2026, du mardi au samedi à 18h, au Petit-Odéon à L’Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon Paris 6ème.
Crédit photo : Simon Gosselin



