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Critiques / Théâtre

Othello

par Gilles Costaz

Une mise en scène à la hache

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C’est la grande pièce de la jalousie et du comportement raciste. Jalousie chez le général maure Othello, auquel on fait croire que sa femme Desdémone le trompe. Comportement raciste d’abord chez Iago, l’un de ses hommes, qui manie inlassablement le poison d’une trahison imaginaire, et dans la société de la République de Venise méfiante face à cet officier vainqueur mais d’une couleur de peau différente et à l’image maléfique. La Comédie-Française a confié la mise en scène à Léonie Simaga qui part d’un texte français bien étrange (Normand Chaurette, écrivain québécois que l’on aime beaucoup par ailleurs, a truffé son texte de « salauds », « salopes » et autres élégances qui sonne bien mal dans cette langue lyrique). Simaga semble être allée à l’abordage de la pièce de façon à la fois expéditive et respectueuse. Le décor manque de beauté, les lumières tournent parfois à l’obscurité pâteuse. Elle a dirigé l’interprète d’Othello, Bakary Sangaré, vers un baroque d’inspiration africaine, qui fait privilégier l’irrationnel provocateur aux dépens de la double culture du personnage. Elle a demandé à Nâzim Boudjenah d’être une sorte de Scapin odieux, multipliant les clins d’œil en direction du public, jouant même le singe (l’air de dire : le singe, c’est le blanc et pas le noir. C’est bien d’inverser les clichés, mais il vaut mieux éviter que cela pèse des tonnes ! ) Pauvre Boudjenah, si remarquable ailleurs et si dérisoire ici !
On a l’impression que les autres comédiens, Alain Lenglet, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Christian Gonon, et surtout les excellents Elsa Lepoivre et Céline Samie, font ce qu’ils peuvent pour inverser la tendance, c’est-à-dire s’efforcent de jouer en nuances alors que le style demandé est de jouer à la hache. Léonie Simaga aurait pourtant pu aller plus loin dans le « destroy », mais, restant à mi-chemin, elle paraît prisonnière d’une simplification et d’un manque de goût qu’on ne lui reprocherait peut-être pas si elle avait poussé l’audace plus avant.

Othello de Shakespeare, texte français de Normand Chaurette, mise en scène de Léonie Simaga, décor de Massimo Troncanetti, lumières d’Elsa Revol, costumes de Léonie Simaga, son de Dominique Bataille, avec Alain Lenglet, Céline Samie, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Elsa Lepoivre, Christian Gonon, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Noam Morgensztern, Pauline Méreuze.

Vieux-Colombier (Comédie-Française), tél. : 01 44 39 87 00 et 01. Jusqu’au 1er juin. (Durée : 3 h entracte compris).

Photo Brigitte Enguérand

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