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Critiques / Opéra & Classique

Orphée aux enfers de Jacques Offenbach

par Caroline Alexander

Musique et rires au paradis des dodus

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Orphée, mythe enchanteur ! Source inépuisable de romanesque, de poésie, de musique. Père spirituel d’une filière qui engendra le genre opéra puisque selon la tradition – même si le fait est en partie inexact – c’est l’Orfeo de Claudio Monteverdi qui aurait lancé la formule.

Telemann, Charpentier, Lully, Haydn, Sartorio …. On compte près d’une trentaine de compositeurs qui furent alléchés par l’immortelle légende. Parmi eux Gluck, dont l’inusable « J’ai perdu mon Eurydice » se balance dans toutes les mémoires. Dont celle du facétieux Jacques Offenbach qui, reprenant la saga à rebrousse poils, la cite en clin d’œil. Pour son premier opéra-bouffe, Offenbach se paye de culot avec la complicité de ses librettistes Crémieux et Halévy. Dans leur optique Orphée et Eurydice sont depuis longtemps mari et femme mais leur couple bat de l’aile, chacun ayant pêché ailleurs l’ivresse des plaisirs amoureux. Une nymphe pour l’un, un berger pour l’autre. Pluton, dieu des enfers, attiré par la belle Eurydice se déguise en Aristée et invente un stratagème de serpents pour kidnapper la belle puis, en fanfaron satisfait va la présenter à Jupiter, super dieu de l’Olympe…

Les gags se suivent et font des roulis sur la musique enlevée, à la fois pétillante et savante de celui que Rossini désignait comme le Mozart des Champs Elysées.

Angers-Nantes opéra vient de lui redonner vie dans une production hilarante - signée Ted Huffman, jeune metteur en scène américain dont le sens du comique a parfois des allures de Laurel et Hardy. On ne s’en plaindra pas. Pour lui, les voyages d’Eurydice et d’Orphée, d’un monde à l’autre se confinent aux espaces d’un grand hôtel dont les décorateurs Clement et Sanôu ont fait un luxueux palace art déco avec piliers de marbre et lustres enjolivés. Rien n’y manque et tout fait service. Une horloge murale en fond de scène surplombe un ascenseur. Plus que les heures du jour, l’horloge, tournant dans le bon sens ou à rebours, indique les va et vient des personnages tandis que l’ascenseur promène dieux, diables et humains de la terre au ciel et du paradis à l’enfer. La terre est installée au rez-de chaussée (le hall d’entrée), le premier étage abrite l’Olympe (en chambrées), le sous-sol l’enfer (un bar)…

L’humour des dialogues faisait en son temps allusion à des actualités qui aujourd’hui nous échappent. Il est ici transposé dans un jus malicieusement actualisé par Alain Perroux quand l’un des habitants de l’Olympe lance à Jupiter « Un président ne devrait pas dire ça », tandis qu’une nymphe reconnaissante soupire « merci pour ce moment ». Des publicités d’aujourd’hui sont tournées en dérision, la FIFA rappelée à l’ordre… et les rires roulent dans la salle.

Sébastien Droy ténor aux graves ombrés fait d’Orphée un violoniste virtuose. Il manie si habilement l’instrument qu’on pourrait croire qu’il en joue pour de vrai (celui qu’on entend sort évidement de la fosse !). Son Eurydice par Sarah Aristidou s’affiche comme une révélation, tant par la juste espièglerie de son personnage que par une tessiture de large volume aux aigus qui filent au zénith. Jeune soprano française ayant déjà pas mal roucoulé en Allemagne, elle endosse ici pour la première fois un premier rôle en France et s’y montre plus que convaincante. Sa confrontation avec le Jupiter ventru de Franck Leguérinel quand celui-ci, au timbre ferme et au jeu vaudevillesque, tente de se faire passer pour une mouche est une réussite de drôlerie orchestrée.

D’abord déguisé en groom, puis agitant une paire d’ailes plantées dans son dos, Mathias Vidal transforme Pluton en vieil oiseau qui tire un paquet de ficelles pour emmerder le monde. Il a de la vitalité à revendre, un jeu de clown et une voix aussi agile que son corps, colorant ses interventions d’un beau bouquet de nuances. Lubriques, bedonnant, ils le sont tous dans cet Olympe de bande dessinée, où ils trimballent leurs silhouettes de bonhomme Michelin aux bourrelets en torsades. Cupidon (délicieuse Jennifer Coursier, piquante comme un moustique), Mercure (Marc Mauillon, si joliment bouffon, au jeu vigoureux, au timbre aéré), Venus (Lucie Roche), Diane (Anaïs Constans), Junon (Edwige Bourdy ), Minerve (Mathilde Nikolaus). Dans l’entre-deux mondes, Flannan Obé, transforme le valet John Styx en créature concupiscents hybride, mi-singe, mi-porc épic…,. Mezzo chaleureuse, comédienne solide, Doris Lamprecht fait de l’Opinion Publique – qui régente tout ! – une alerte technicienne de surface balayant gaiement toutes les idées mal reçues.
Tous ensembles composent à la rigolade le final fameux du galop jambes levées désormais entré au répertoire de tous les music-halls de France et du monde sous l’étiquette "French cancan".

Laurent Campellone entraine ce joli monde à la tête de l’Orchestre National des Pays de Loire, avec vivacité, douceur et même un brin de mystère quand les flûtes, hautbois et clarinettes annoncent et commentent le déroulement des aventures extraterrestres des héros.

Orphée aux enfers de Jacques Offenbach, livret de Henri Crémieux et Ludovic Halévy, orchestre national des Pays de Loire, direction Laurent Campellone, mise en scène Ted Huffman, décors, costumes & lumières Clement et Sanôu, chorégraphie Yara Travieso. Avec Sébastien Droy, Sarah Aristidou, Franck Leguérinel, Doris Lamprecht, Flannan Obé, Jennifer Coursier, Mathias Vidal, Lucie Roche, Marc Mauillon, Anais Constans, Mathilde Nikolaus.

Nantes – Théâtre Graslin, les 22, 24, 25 & 29 novembre à 20h, le 27 à 14h30 - 02 40 69 77 18 -

Angers- Le Quai les14 & 16 décembre à 20h, le 18 à 14h30 – 02 41 22 20 20
www.angers-nantes-opera.com

Photos Jeff Rabillon

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1 Message

  • Orphée aux enfers de Jacques Offenbach 10 décembre 2016 15:33, par paul Henry

    Juste un petit conseil : rendez-vous dans une médiathèque et empruntez quelques versions d’Orphée aux Enfers (celle de Lyon 1997, par exemple), ou mieux : lisez le livret ! Vous vous apercevrez que, loin de « présenter Eurydice à Jupiter en fanfaron satisfait », Pluton fait tout pour la cacher, au contraire, et nie jusqu’à la toute dernière scène l’avoir enlevée. Le gag actualisé "Merci pour ce moment" n’est pas du tout « soupiré par une nymphe reconnaissante », mais au contraire décoché à la face de Jupiter par son épouse Junon à l’issue d’une scène de ménage. Le dispositif semi-circulaire au-dessus de l’ascenseur n’a rien d’une horloge, mais est un indicateur d’étage de l’ascenseur, le gag étant que lorsque l’ascenseur descend aux enfers, l’indicateur s’affole et tourne dans le vide... Outre ces contre-sens, il est regrettable que, au milieu de votre éloge de la distribution, vous ne parliez pas du choeur, dont le travail d’équipe précis et la qualité vocale apportent une incroyable énergie au spectacle.

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