Only Connect de Mitch Hooper

L’amour – et la solitude - au temps d’internet

Only Connect de Mitch Hooper

Les relations amoureuses ont-elles changé avec internet et les sms ? Les sites et les réseaux sociaux multiplient et accélèrent les dialogues et les rendez-vous, ils modifient aussi le langage. Faire une pièce sur ce thème-là est difficile car on risque de tomber dans l’effet de mode et l’utilisation de visuels antinomiques au théâtre. Mitch Hooper s’y est risqué et, dans les premières minutes de Only Connect, le rythme d’abord trop lent fait penser que la réunion d’éléments disparate ne prendra pas. Des personnages sont répartis à différents endroits de l’espace, jouant tour à tour de courtes scènes, tandis que sont projetés des pages d’accueil de sites de rencontres ou pornographiques. Mais, peu à peu, tout se met en place. Les projections deviennent le décor mental ou le contrepoint des actions. Chaque destin se met à nous intéresser : la réalisatrice pressée de se donner à son amant et de repartir au travail, le psy qui outrepasse ses limites déontologiques pour s’intéresser à sa cliente, le banquier fermé sur sa tristesse, la jeune femme partagée entre le libertinage et la perspective d’une vie moins chaotique, l’employée d’une agence immobilière qui aimerait draguer le visiteur… Mitch Hooper ne cache pas qu’il s’est inspiré de La Ronde de Schnitzler : ses personnages se croisent et, amoureusement, passent parfois de l’un à l’autre. Mais, alors que la pièce autrichienne est fondée sur le principe de la trahison et du plaisir égoïste, les motivations, ici, relèvent plutôt du besoin d’amour et d’une lutte désespérée contre la solitude.

Bien que la réalisation technique soit remarquable, ce n’est pas tellement la question des relations de nos contemporains avec leurs machines et leurs écrans qui, au bout du compte, nous séduit. Après tout, ces partenaires technologiques ne constituent qu’un nouveau contexte. Mitch Hooper saisit des malaises plus profonds, qui tiennent de l’irresponsabilité, de la difficulté à être adulte, d’un désarroi face à une société qui célèbre l’amour et génère l’individualisme. C’est donc passionnant. Les acteurs, Jade Duviquet, Daniel Berlioux, Gaël Rebel, Anatole de Bodinat, Didier Mérigou et Sophie Vonlanthen sont remarquables, puisqu’ils imposent leur personnage et leur partition dans des fragments, cantonnés dans des segments de l’espace. Leur jeu cinéma, tout en retenue, fait merveille. La belle pièce de Mitch Hooper fait parfois penser aux films d’Antonioni et de Christophe Honoré. C’est dire qu’elle est d’une tonalité fondamentalement moderne.

Only Connect de Mitch Hooper, mise en scène de l’auteur, scénographie et costumes de Philippe Varache, lumière de Patrick Le Cadre, graphisme d’Aurélie Frère et Olivier Thévin, vidéo de Frédéric Bures, Fan Zhang, César Andrei, musique de Frédéric Bures, avec Daniel Berlioux, Anatole de Bodinat, Jade Duviquet, Didier Mérigou, Gaël Rebel, Sophie Vonlanthen. Vingtième Théâtre, 21 h 30, tél. : 01 43 66 01 13. (Durée : 2 h). La pièce vient d’obtenir le Beaumarchais du meilleur auteur décerné par la rédaction du Figaro.

© Svend Andersen

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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