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Critiques / Théâtre

On n’arrête pas la connerie de Jean Yanne

par Gilles Costaz

L’humour vache

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Parti trop vite, Jean Yanne peut-il nous faire rire par ses chansons, par ses textes, plus de dix ans après sa mort ? C’est le pari des auteurs de ce spectacle, qui ont conçu un cabaret Yanne pour l’été. Ils sont même six interprètes à se relayer pour cette soirée à trois - deux acteurs-chanteurs et un(e) musicien(ne). Les chants sont parfois d’une certaine émotion, mais limitée, car Yanne était trop bourru pour exprimer vraiment le sentiment amoureux. Les sketchs, eux, distillent l’auteur qu’on connaît ou qu’on peut découvrir, un athlète de l’humour vache qui n’y va pas par quatre chemins. A travers sa formule la plus fameuse, "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", il affirme le contraire, évidemment. Et pan sur les flics qui font des contrôles de véhicules (cette scène-là se passe dans l’empire romain) ! Pan sur les inspecteurs qui font passer le permis de conduire ! Cela reste drôle, mais c’est démago. Cela s’aggrave même lorsqu’il s’agit des maisons closes que Jean Yanne regrette dans une chanson dont les mots sont plutôt déshonorants. Oui, tous ces textes ne tiennent pas la route, et l’on n’en retiendra que deux, dignes de figurer dans une anthologie du loufoque littéraire : ceux qui parlent du métier de "porte-savon" et des deux chauffeurs qui roulent dans leur camion en parlant de sujets culturels les plus aigus.
Le spectacle est en lui-même très soigné. Avec des décors Pichou, des costumes de Dussarat et des lumières de Soubirou, on est avec des gens de goût. En frac, Jean-François Vinciguerra - qui a réglé une mise en scène de pur cabaret années 50 avec beaucoup de malice - et Eric Laugiéras, qui a un coffre et une autorité à la Jean Yanne, sont des comédiens chantants fort amusants. En raison des alternances, nous n’avons pas vu Johann Farjot, qui a composé les arrangements, et qui était remplacé par une Isabelle Fleur qui tirait de son clavier des sons de piano, d’orgue et de clavecin avec une joyeuse maestria. Mais autant de vivacité n’empêche pas de sentir qu’on est là le plus souvent dans un passé dépassé. Jean Yanne a le souffle court ; il ne pèse pas lourd si, en se tournant vers d’autres rois des boîtes d’antan, on le compare à un Francis Blanche ou à Poiret et Serrault, des farceurs plus célestes.

On n’arrête pas la connerie de Jean Yanne, mise en scène de Jean-François Vinciguerra, arrangements musicaux de Johan Farjot, décor de Dominique Pichou, costumes de Michel Dussarat, lumières de Geneviève Soubirou, vidéo de Jules Vincent, bande-son de Michel Winogradoff, avec Eric Laugiéras, Johan Farjot, Jean-François Vinciguerra, en alternance avec Frédéric Longbois, Isabelle Fleur et Bruno Membrey.

Petit-Montparnasse, tél. : 01 43 22 77 74, tout l’été.

Photo Jeep Stey.

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