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Critiques / Théâtre

Old Times de Pinter

par Gilles Costaz

Trois jeux parallèles

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Sacré Pinter ! Il ne résout jamais les énigmes de ses pièces. Tout reste suspendu, la vérité demeure incertaine, multiple, contradictoire. Les personnages ont-ils menti ou bien ont-ils perdu la mémoire ? Trichent-ils ou sont-ils égarés ? Dans une maison au bord de la mer, un éditeur et sa femme attendent une amie. Cette amie, Keate, est une proche de l’épouse. Elles ont passé une partie de leur jeunesse ensemble. Puis Kate est partie loin, avant de revenir à Londres. Le mari dit ne pas l’avoir connue quand il était plus jeune, mais il se pourrait bien qu’ils aient été amants. Ou bien c’est le contraire : les deux filles ont été non seulement amies, mais en couple. Tous ont des bribes de souvenirs communs, mais rien ne colle. Qui était avec qui ? Qui a fait quoi ? Bien fort celui qui dénoue les secrets de ces passés, ces « old times », si peu déchiffrables.
Le spectacle que Benoît Giros tire d’ Old Times est très élégant : jeu charmeur et distancié des comédiens, décor (d’Alexandre de Dardel) superbe, climat très chic. La soirée manque un peu de chair, repose sur son mystère, sur son squelette. Pourquoi pas ? Les trois acteurs jouent en lignes parallèles. Emmanuel Salinger se plaît à composer une fausse sincérité ; on adore son ambiguïté. Marianne Denicourt est tout à fait énigmatique : elle respire même une sorte de joie à dessiner l’absence qui est très plaisant. Adèle Haenel, dont le personnage doit être fantomatique puis réel, apparaît d’abord trop en force. Trop de moyens vocaux et physiques ! Mais elle a une belle présence et nuance finement sa partition, peu à peu. On a vu des pièces de Pinter montées d’une manière plus assortie mais, en un temps où le scénario télévisuel et prévisible l’emporte sur beaucoup de scènes de théâtre, retrouver l’algèbre de Pinter et d’aussi bons artistes est un vrai plaisir dont on avait perdu le goût.

Old Times d’Harold Pinter, texte français de Séverine Magois, mise en scène de Benoît Giros, scénographie d’Alexandre de Dardel, lumière de Bertrand Couderc, son et vidéo de Romain Vuillet, costumes de Sarah Leterrier, dramaturgie de Denis Lachaud, avec Marianne Denicourt, Adèle Haenel, Emmanuel Salinger.

Théâtre de l’Atelier, tél. : 01 46 06 49 24. (Durée : 1 h 20).

Photo Pascal Victor/ArtcomArt.

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