Au T2G - Gennevilliers, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, du 4 au 15 décembre 2025.

Occupations, mise en scène, texte et son de Séverine Chavrier.

Un trop-plein d’agitation fervente mais une belle fureur de vivre.

Occupations, mise en scène, texte et son de Séverine Chavrier.

Séverine Chavrier se penche sur les nouvelles politiques et pratiques de l’amour, l’évolution historique de la pensée du désir, du féminin, du genre et de l’érotisme, postures qui voient l’acte amoureux comme engagement politique et transgression. De leur côté, le théâtre et l’écriture sont un acte performatif de ré-appropriation corporelle, de re-configuration des modes contemporains de l’amour et du désir, hors des cadres normatifs occidentaux.

Une théorie à vérifier ainsi sur le plateau par des jeunes gens rivés à leurs messages ici et maintenant, plutôt des jeunes filles, découvrant la violence du désir féminin et la manière dont la passion, la jalousie, le manque, l’érotisme ouvrent à la connaissance : il n’est qu’à lire les auteurs emblématiques.

Telle se veut la scène de la metteuse en scène Séverine Chavrier, directrice de La Comédie de Genève : « Fictions et théories ont jalonné l’histoire récente du féminisme, d’Annie Ernaux à Judith Butler, questionnant les représentations (cinéma, photo, publicité) qui contaminent notre imaginaire du masculin et du féminin. Occupations déploie un dispositif interrogeant les tensions entre visible et caché, champ et contre-champ, intime et collectif, ancien et contemporain, numérique et livresque ».

Dans un espace bi-frontal qui enferme - reprise de la geôle domestique de la femme et des codes genrés de la représentation, la violence et le voyeurisme du regard masculin -, les interprètes sont exposés aux regards des spectateurs, des regards entravés par un rideau de voile et pans de bibliothèque.

La conceptrice use à l’excès de la vidéo entamant la scène et l’incarnation en question, poursuivant « l’objectivation de la femme par des gros plans qui morcellent son corps stylisé et par un système de champs/contrechamps entretenant voyeurisme sadique ou fascination fétichiste, qui se révèlent une réponse à la menace qu’elle représente pour l’ordre patriarcal ». ( Le Regard du féminin, Iris Brey.)

Poupées Barbie démultipliées, maquillages glamour et paillettes à volonté, spectacle de soi.

Avec deux danseuses, une performeuse non-binaire et un acteur - Hugo Cardinali, Jimy Lapert, Jasmin Sisti, Judit Waeterschoot - issus de la danse, de la performance, du cirque et du théâtre, le plateau à demi-voilé explore les territoires de la passion, de l’enfermement et du rêve conjugal, du désir, dans un dialogue trans-générationnel et dans le brouillage des identités. Et saisir les conversations intimes de la sexualité, autant que leurs représentations par le cinéma avec leurs clichés ressassés qui dirigent les vies.

Cernés par les spectateurs, enfermés dans les rayonnages d’une bibliothèque ou d’un hypermarché, avec lavabo et penderie, les interprètes occupent un espace ambivalent, intime mais toujours menacé par la surveillance, la consommation, le voyeurisme. Produits de nettoyage à volonté dans les rayonnages, la femme est assignée à préserver la pureté.

Les rapports entre les corps – désir, pouvoir, domination entre le masculin et le féminin –, mais aussi lieu où se cherche, et peut-être s’invente, la possibilité d’une nouvelle forme d’érotisme : « un érotisme ambivalent, réversible, où le regard change de sens, un érotisme où celui ou celle qui est regardé/e se révèle peut-être plus puissant que celui qui regarde ».

Des intentions on ne peut plus légitimes mais dont la réalisation tombe à plat dans le bain trop connu des clichés sur la femme, des vérités tant rebattues qu’elles en deviennent comiques. Le spectacle certes dispense amusement, humour et ironie et les acteurs s’en donnent à coeur joie, alors que l’ensemble se fait cocasserie bruyante un peu gratuite, une scène où les jeunes gens sont performants mais le trop-plein d’agitation fervente y tient à distance la tendresse en mal de disparition.

Une belle fureur de vivre, en tout cas.

Occupations, mise en scène, texte et son de Séverine Chavrier. Avec Hugo Cardinali, Jimy Lapert, Jasmin Sisti, Judit Waeterschoot. Vidéo Quentin Vigier, son Simon d’Anselme de Puisaye, scénographie Louise Sari, lumière Jérémie Cusenier et Alexandre Schreiber. Au T2G - Théâtre de Gennevilliers - CDN, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, à partir de 16 ans, du 4 au 15 décembre 2025, lundi, jeudi, vendredi 20, samedi 18, dimanche 16h, au T2G, 41 avenue des Grésillons Gennevilliers. Du 18 au 21 février au Théâtre des 13 vents - CDN Montpellier.
Crédit photo : Zoé Aubry

A propos de l'auteur
Véronique Hotte

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook