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Critiques / Théâtre

Oblomov de Gontcharov

par Gilles Costaz

L’homme indécis

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Oblomov est un roman qui a eu beaucoup de succès au théâtre. En Russie, il a été beaucoup adapté : le personnage inventé par Gontcharov est un tel symbole ! (On parle même d’oblomovisme pour traduire un certain fatalisme.) En France, nous avons eu les transpositions par Marcel Cuvelier (dans les années 60) et par Dominique Pitoiset (avec Hervé Pierre) il y a vingt ans, ainsi que la récente interprétation par Guillaume Gallienne à la Comédie-Française. La version que propose ne prend pas du tout le même chemin. On y entend aussi bien l’histoire, qui est celle d’un homme indécis, hésitant, paresseux, qui ne veut pas quitter sa maison, fait quand même un voyage à Paris, ne voyage plus ensuite et reste auprès d’une femme qui n’est pas celle dont il avait été longtemps épris. Mais cette histoire n’est pas tout le temps jouée ; les comédiens se répartissent la narration et endossent tantôt la fonction de narrateur, tantôt celle d’interprète d’un personnage. De la même façon ils font entrer des éléments de décor et les enlèvent sur une scène qui est le plus souvent dépouillée.
C’est franchement déconcertant dans un premier temps, les comédiens débitant le texte à grande allure. Mais, peu à peu, le découpage affirme sa clarté, son choix de faire vivre Oblomov au milieu des autres, plus que dans la solitude. Chaque acteur apporte des notes différentes, fait éclater des mots et des couleurs. La vie sur le plateau passe de la plus grande agitation à la plus sobre. Xavier Fernandez-Cavada, sans doute trop tendu et dur dans les premières minutes, devient peu à peu un excellent, Oblomov secret et poignant. Deux troupes, O’Brother Company d’Epernay et STT de Genève et Lausanne, se sont associées pour ce spectacle et trouver ensemble une forme forte et inattendue. Elles y sont parvenues, à travers cette compétition fraternelle de la littérature et du théâtre.

Oblomov d’après Gontcharov, conception et mise en scène de Dorian Rossel, dramaturgie de Carine Corajoud, scénographie et costumes de Sibylle Kössler et Clémence Kazémi, lumière de Luc Khiari et Jean Grison, musique de Paulette Wright, Anne Gillot et Patricia Bosshard, avec Rodolphe Dekowski, Xavier Fernandez-Cavada, Elsa Grzeszczak, Jean-Michel Guerin, Fabien Joubert, Delphine Lanza et Paulette Wright. Au Monfort jusqu’au 13 décembre, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. durée : 1h40. Tout public. Tél. 01 56 08 33 88.

Photo Laurent d’Asfeld.

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