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Non je ne veux pas chanter par Anne Baquet

par Gilles Costaz

Chaque chanson est une comédie

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Anne Baquet incarne un esprit que nous sommes peut-être en train de perdre : une ironie française, mutine, malicieuse, ennemie des gens et des genres sérieux, irrespectueuse dans le respect des formes. Ce n’est pas étonnant que François Morel écrive certaines de ses chansons : elle et lui ont une parenté dans l’espièglerie, avec cette capacité de n’être tendre qu’en étant blagueur et d’être méchant sans être cruel. Voilà pas mal d’années qu’Anne Baquet, qui appartient à une grande famille du théâtre et de la loufoquerie, poursuit sa ligne mélodique loin des modes et des grands circuits du show-biz. Elle est fidèle à ses compositeurs, au premier desquels figure François Rauber (mort il y a douze ans, il fut l’un des compositeurs et accompagnateurs de Jacques Brel), mais renouvelle de temps à autre son répertoire en même temps que son public. Elle écrit elle-même certains de ses textes et chante des écrivains aussi variés que Marie-Paule Belle, François Morel, Jean Nohain, Topor, Pierre Dumayet, Sempé… Comme Francis Blanche en un temps lointain, elle peut faire mettre des paroles inattendues sur de grands airs classiques : ainsi Vertu vertuose est un texte polisson de Philippe Decamp sur du Chopin. En effet, notre chanteuse de variétés est une chanteuse lyrique. « Attention, soprano en liberté », dit l’affiche, dessinée comme par hasard par Sempé. Pour une fois, le slogan est juste !
Blonde bondissante, elle apparaît à la première minute prise, prisonnière, nouée dans un rideau cramoisi qui la relie à son pianiste. Tous deux s’en démêlent. Et c’est un symbole : la chanteuse et le pianiste forment un attelage plus uni que les doigts de la main. D’ailleurs, lui, l’instrumentiste, Grégoire Baumberger, toujours faussement ahuri, peut chanter et parler : un vrai partenaire de théâtre, en même temps qu’un accompagnateur qui a le sens du genre, du ton de chaque partition. Anne Baquet commence par Rachmaninov et passe vite aux textes facétieux. Elle fait des bonds et des chutes, s’éloigne, revient, monte sur le piano, tout en chantant. Chaque chanson est chez elle une comédie, si l’on excepte les jolis écarts vers l’émotion. Claudine Allegra a dirigé la chanteuse pour qu’elle emporte ces actes comiques dans un même mouvement, comme conté par un personnage proche des histoires qu’il interprète.
Anne Baquet a peu de rivales dans son domaine car elle sait rester toujours une vraie soprano, qui donne sa pleine dimension vocale aux notes, volontiers acrobatiques, en accord avec les mots, toujours très clairs et dans leur pouvoir narquois, doux ou assassin. Son interprétation d’Ô casseroles, ô faussets de Juliette Noureddine est comme un manifeste pour le beau chant et la belle ironie. Tout son récital est fidèle à ce programme de mise en boîte façon grand style, effectué avec l’élégance discrète des clowns de haute piste.

Non, je ne veux pas chanter, récital d’Anne Baquet accompagnée par Grégoire Baumberger (piano), mise en scène de Claudine Allegra, lumières de Jacques Rouveyrollis.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 9 août. (Durée : 1 h 20).

Photo Pascale Angelosanto.

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