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Critiques / Théâtre

Nini de Gil Galliot

par Gilles Costaz

Le charme et les larmes

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Nini est la vedette du cabaret Le Tire-Bouchon ! En guêpière rouge ou verte, elle a la beauté des fantasmes et la réalité des jolies femmes que le public pourrait presque toucher. Meneuse de la revue, elle chante et danse à ravir. Ses chansons sont à double sens, pour mieux exciter les sens. Nous sommes en 1939, la guerre surgit. Dans la salle les militaires allemands se mêlent peu à peu aux spectateurs français. Nini a le cœur tendre et le bon sens populaire de ceux dont l’éducation s’est faite dans la rue. Elle fait passer l’emballement du cœur et du corps avant le patriotisme et les questions politiques. Elle tombe amoureuse d’un sous-officier de la Wermarcht. A la Libération, le prix à payer est très lourd. Comme tant d’autres, elle sera tondue…

Sur un tel sujet qui associe le glamour et la violence de l’Histoire, on a rarement vu un spectacle d’un équilibre aussi parfait. Gil Galliot parvient fort bien à tout conter à travers le principe du monologue qui devient un véritable récit. Et les chansons semblent d’époque. On est sûr de les avoir déjà entendues. Or ce sont toutes des faux, de remarquables pastiches ! Bravo à l’auteur, Galliot, et au compositeur, Pascal Lafa ! La mise en scène de Galliot monte graduellement, développant joliment le climat de cabaret heureux, puis basculant dans les moments noirs où la vindicte populaire frappe avec férocité. Des images d’actualité font oublier les ors et les rouges de la boîte de nuit : sur ces documents noir et blanc, les femmes qui ont eu une liaison avec un Allemand sont saisies sauvagement et débarrassées de leurs cheveux dans une joie cruelle. Depuis Marguerite Duras dans Hiroshima mon amour et aussi Henning Mankel, dans sa pièce Des jours et des nuits à Chartres, on n’avait pas pris de façon aussi juste le parti des tondues, dont beaucoup n’avaient eu que le tort d’aimer.
Le spectacle trouve en Sandra Gabriel une interprète accomplie. Charnelle, vive, endiablée et rêveuse à la fois, elle additionne les dons d’actrice et ceux de la chanteuse. Elle fait éclater les limites du « seul en scène » et donne l’éclat le plus brillant à une histoire intime et à une page d’Histoire.

Nini ou Une femme libérée dans une France occupée de Gil Galliot, mise en scène de Gil Galliot, musique de Pascal Lafa, chorégraphies de Philippe Bonhommeau, avec Sandra Gabriel.
Théâtre Michel, 19 h, tél. : 01 42 65 35 02. (Durée : 1 h 20).

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