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Critiques / Théâtre

Nicomède et Suréna de Corneille

par Gilles Costaz

Etonnant diptyque

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Il y a des metteurs en scène dont la vie se consacre à la mise en lumière incessante de l’œuvre d’un auteur. C’est le cas de Brigitte Jaques-Wajeman follement attachée à Corneille. Certes, elle a monté d’autres répertoires. Mais elle entretient avec Corneille le dialogue que Jouvet entretenait avec Giraudoux. Corneille a disparu depuis longtemps, alors que Giraudoux était le contemporain de son metteur en scène, objectera-t-on. Pourtant, la relation est du même ordre. Il s’agit de ne pas en rester à une pièce, à une autre, mais d’entrer dans la variété de l’œuvre et de lui être fidèle alors qu’elle semble parfois infidèle, allant et venant entre la tragédie et la comédie, entre la méditation religieuse et le cynisme politique,
entre le baroque et l’épure. Entre 1983 et aujourd’hui, Brigitte Jaques-Wajeman a monté neuf pièces de Corneille. Qui dit mieux ? Et l’on peut dire qu’elle a changé notre regard sur l’auteur du Cid, révélant un artiste beaucoup plus sensible qu’on ne le pensait généralement, parfois aussi « féminin » que Racine, et doté d’une drôlerie méconnue. La collaboration de François Regnault, essayiste et dramaturge, a sa part dans cet élargissement de la vision. L’un et l’autre font naturellement exploser les clichés.

A présent, ce n’est pas un Corneille mais deux que Jacques-Wajeman met à l’affiche. Deux pièces relevant de ce qu’elle appelle le « Corneille colonial » : Nicomède et Suréna. Yves Collet a conçu un décor qui s’adapte : une immense table côté cour et des tonalités qui changent, solaires pour la première pièce, nocturnes pour la seconde. Les deux œuvres ont beau se passer dans l’empire romain, elles ne se ressemblent pas. La première est un tableau politique : Nicomède incarne la résistance à Rome ; autour de lui, tout est tractations, ambitions, appétits, combinaisons. Brigitte Jaques-Wajeman mène l’affaire comme un roman noir, avec une femme de dictateur obsédée par l’argent et le sexe et des assassinats qui se font à coups de revolver. Ainsi résumé, le spectacle pourrait passer pour une parodie. Nullement ! Si l’on y rit de ces transpositions, il se déploie dans la rigueur. L’équipe s’amuse mais la leçon d’histoire est là, juste et implacable.
Surena a des airs de tragédie politique mais c’est en réalité une tragédie du sentiment. C’est l’histoire d’amants contrariés : une princesse et un roi
qui s’aiment doivent contracter des mariages conformes à l’intérêt de leurs dynasties. Et cela ne se passera pas comme prévu ! En fait, comme le suggère la mise en scène, on est là dans le théâtre baroque, dans le mélange de genres, dans l’arrivée de l’imprévu. Brigitte Jaques-Wajeman fait palpiter les sentiments comme dans une comédie de Shakespeare et les passions bousculent la trame politique.
Ces deux spectacles constituent un doublé étonnant. S’il fallait ne choisir qu’une pièce, on privilégierait Nicomède dont le tracé est plus net. Mais le cheminement ambigu de Suréna est d’un grand charme ! Le plaisir vient aussi du double jeu des acteurs passant d’une œuvre à l’autre. Bertrand Suarez-Pazos endosse les deux grands rôles de Nicomède et Suréna avec une grande autorité nuancée. Sophie Daull est une gorgone à l’hilarante cruauté. Raphaèle Bouchard et Aurore Paris font briller les sentiments secrets. Toute la troupe est d’une intensité peu commune. Incroyable Brigitte Jaques-Wajeman qui, au lieu de se répéter, trouve encore un souffle nouveau. Comme Rome n’est plus dans Rome, Corneille n’est plus dans le Corneille qu’on nous avait dit et enseigné.

Nicomède et Suréna de Corneille, mise en scène de Bigitte Jacques-Wajeman, scénographie et lumières d’Yves Collet, costumes d’Annie Melza-Tiburce, musique de Marc-Olivier Dupin, avec Bertrand Suarez-Pazos, Raphaëlle Bouchard, Pierre-Stéfan Montagnier, Thibault Perrenoud, Pascal Bekkar, Sophie Daull, Mourad Mansouri, Aurore Paris. Théâtre des Abbesses (théâtre de la Ville, tél. : 01 42 74 22 77), jusqu’au 13 février, puis en tournée : Amiens, 15-18 février. Lorient, 22-24 février. Antony, 1-2 mars. Saint-Quentin en Yvelines – Elancourt, 18-19 mars. Alençon, 29 mars. Le Perreux, 1er avril. Montpellier, 5-9 avril. Colombes, 30 avril. Orléans, 4 mai. Bordeaux, 5-20 octobre.

photo Mirco Cosimo Magliocca

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4 Messages

  • Nicomède et Suréna de Corneille 15 février 2011 08:53, par martine boudet

    Bonjour

    j’habite Annecy et je voudrai savoir quand les spectacles "Suréna" et "nicomède"seront donnés dans ma région.
    je vous remercie.

    martineboudet gmail.com

    repondre message

  • Nicomède et Suréna de Corneille 15 février 2011 08:53, par martine boudet

    Bonjour

    j’habite Annecy et je voudrai savoir quand les spectacles "Suréna" et "nicomède"seront donnés dans ma région.
    je vous remercie.

    martineboudet gmail.com

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  • Nicomède et Suréna de Corneille 22 février 2011 15:40, par Lauren Charron

    Bonjour,

    Vous pouvez retrouver les dates de tournée à la fin de l’article.

    Cordialement,

    L’équipe de Webthea

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  • Nicomède et Suréna de Corneille 12 mai 17:36, par Lily

    Bonjour,
    Je sais que c’est "un peu" tard mais j’aimerais beaucoup voir cette pièce. A-t-elle été filmée ? Est-il possible de la trouver sur internet ou de l’acheter en DVD ?
    Je vous remercie d’avance pour votre réponse.
    Respectueusement,
    Mlle Lily Chancel

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