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Reportages / Opéra & Classique

Naissance d’une Philharmonie

par Christian Wasselin

La Philharmonie de Paris vient d’ouvrir ses portes à La Villette : un imposant bâtiment encore en travaux, qui n’a rien d’une salle de concert supplémentaire.

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La musique est un art du temps, pourtant c’est d’un lieu dont il est ici question. D’un lieu et d’un bâtiment : la nouvelle Philharmonie de Paris qui, depuis le 14 janvier, vient s’ajouter au dispositif de la Cité de la musique dont la salle des concerts, désormais, s’appellera Philharmonie 2, la nouvelle salle prenant le titre de Philharmonie 1.

Au sortir du métro Porte de Pantin, le trajet de quelques dizaines de mètres qui conduit à la Philharmonie 1 a tout d’un parcours initiatique. Entre la Grande halle et la Fontaine aux lions, à gauche, et la Cité de la musique à droite, le bâtiment dû à Jean Nouvel surgit et s’impose par sa masse, ses formes anguleuses, ses oiseaux gris et noirs qui ornent ses murs par centaines et appellent à l’envol. Un escalier nous invite à monter comme on gravirait une pyramide. En haut, un palier permet d’avoir une vue panoramique sur les environs, notamment sur le boulevard périphérique qui, ainsi envisagé, donne une impression de dynamisme. Mais le bâtiment n’est pas achevé : les ouvriers s’activent, la musique s’est invitée alors que le chantier est encore en cours, comme s’il fallait que la musique, qui par définition est toujours en train de se faire, de se dérouler, voulait qu’un espace lui aussi se transforme peu à peu en lui-même.

A l’intérieur, couloirs et vestibules impressionnent par leur hauteur et leurs courbes. Des lamelles métalliques par centaines, là aussi, tintinnabulent au plafond au gré des courants d’air. On gravit, on marche, et tout à coup la porte s’ouvre sur la salle. Très vaste, celle-ci donne l’impression d’être habitée, d’avoir sa taille et sa forme, par définition, parce qu’il le fallait, parce que l’architecte et les acousticiens en ont décidé ainsi. Les couleurs (noir, blanc, ocre), la canopée, les sièges répartis autour de la scène, la dissymétrie étudiée de l’ensemble, récusent toute monotonie, tout sentiment d’abandon.

Assis dans cet espace, on pense moins au Musikverein de Vienne ou au Concertgebouw d’Amsterdam, vénérables entre tous, qu’à la Philharmonie de Berlin, inaugurée en 1963 et due à l’architecte Hans Scharoun. Mais la Philharmonie de Paris se veut un prototype. Et il est vrai que de par ses dimensions et ses possibilités techniques, elle n’est pas qu’une salle de concert. La frénésie de notre temps s’y exprimera le mieux possible, s’y canalisera aussi ; car ce bâtiment doit relever un défi de taille : renouveler le public du concert, prouver que l’orchestre symphonique (ou philharmonique !) a l’avenir devant lui, devenir un lieu de fête sans jamais céder à la complaisance. Le tout grâce à des concerts et, dans les salles voisines, dont la Philharmonie 2, d’autres concerts, des animations, des ateliers, etc.

En devenir

La Salle Pleyel, pendant ce temps ? Interdite de musique dite classique, elle va se consacrer à la variété. « De qualité », nous dit-on. Mais la variété (et le jazz, et les musiques traditionnelles) auront aussi droit de cité à la Philharmonie.

Pour l’heure, le pianiste (Lang Lang) est déjà là. L’orchestre (il s’agit de l’Orchestre de Paris) arrive. Puis voilà son directeur musical, Paavo Järvi. La répétition va commencer. Au programme : le célébrissime et non moins splendide Premier Concerto pour piano de Tchaïkovski. Un appel de cuivres, des accords de l’orchestre puis du piano, et cette mélodie chantée par les cordes. Nous sommes au premier balcon : l’ensemble sonne équilibré, le piano et l’orchestre dialoguent sans contrainte. Au sein de l’orchestre, les vents se détachent, les bois en particulier sont à la fête. Les cordes s’épanouissent un peu moins, elles occupent l’espace avec plus de timidité, sans brillant spectaculaire. Mais ce n’est qu’une répétition. Celle du deuxième concert de l’histoire de la Philharmonie. Les tests acoustiques n’ont pas tous eu lieu ; d’ailleurs, Jean Nouvel a préféré ne pas assister à la cérémonie d’inauguration, persuadé que la salle ouvre trop tôt, qu’elle n’est pas prête. Que la naissance est prématurée.

Les musiciens devront apprendre à jouir du lieu, à s’en servir, à en faire leur complice. Le chant des marteaux-piqueurs, les planches qui tombent et les portes qui s’ouvrent pour laisser passer des poutrelles, tout se sera dissous dans l’achèvement promis. Dans quelques semaines, la Philharmonie fera taire les bruits. Les musiciens pourront enfin se croire chez eux. On est impatient que la musique puisse s’y accomplir.

photo : la grande salle ou Philharmonie 1 (Philharmonie de Paris, Arte Factory, ateliers Jean Nouvel).

Prochains concerts à la Philharmonie 1 : Borodine, Tchaïkovski, Berlioz ; Lang Lang, Orchestre de Paris, Paavo Järvi (jeudi 15 janvier). Charpentier, Mondonville ; Les Arts florissants, dir. William Christie (vendredi 16 janvier). Programme surprise ; Orchestre de Paris, Paavo Järvi (dimanche 18 janvier). Debussy, Boulez, Ravel ; West-Eastern Divan Orchestra, Daniel Barenboim (lundi 19 janvier).

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