My Fair Lady d’après la comédie musicale

Comédie et esprit de sérieux

 My Fair Lady d'après la comédie musicale

Au théâtre comme dans les castes de la société indienne, il y a les intouchables ! Le Suisse Christoph Marthaler en est un. On lui doit beaucoup de grands spectacles mais l’ancien « artiste associé » du festival, qui n’avait guère brillé avec sa pièce-farce sur le passé papal du Palais, Papperlapapp (en 2010), ne devrait pas laisser plus de traces avec My Fair Lady, un laboratoire de langues. Il ne l’a donné que trois soirs, d’où une certaine colère du public qui n’a pu obtenir de places. Rassurons les spectateurs frustrés. Ils n’ont rien manqué. Marthaler imagine là que se retrouvent, dans un lieu retiré, une série de personnes désireuses d’améliorer leur chant et travaillant avec des linguistes exigeant la perfection – la perfection la plus conventionnelle et la plus ridicule qui soit ! Voilà qui devrait être fort drôle, mais Marthaler ne voudrait pas qu’on le prenne pour un quelconque Marx Brother. Si jamais on pensait qu’il fait du burlesque comme on en a toujours fait, quel déshonneur ! Dans le programme, son dramaturge (Marthaler ne répond pas lui-même aux questions), Malte Ubenauf, affirme : Marthaler « sabote toutes les lois de mise en scène révélant ainsi les imperfections des mécaniques théâtrales habituelles ». Rien que cela ! Sa Majesté du théâtre suisse ne peut faire rire qu’en cassant les codes du rire. Comme si tous les blagueurs historiques, de Chaplin à Deschamps, ne l’avaient pas fait avant lui ! On ne lui reprochera pas d’avoir quand même respecté les codes en matière musicale : ses interprètes chantent avec brio, comme dans tous ses spectacles. Cependant, la prétention et la lenteur étranglent le comique. C’est du rire de patronage porté jusqu’à la perfection de la mise au point. Quel intérêt ? Pourquoi Marthaler ne fait-il pas de spectacles sur les banques suisses au lieu de se moquer des pauvres gens ?

Meine faire dame, ein sprachlabor, d’après My Fair Lady, mise en scène de Christoph Marthaler, dramaturgie de Malte Ubenauf et Julie Paucker, direction musicale de Bendix Dethelffsen, scénographie d’Anna Schittek, avec Tora Augestad, Karle-Heinz Branst, Carina Braunschmdit, Mihai Grigoriu. festival d’Avignon 2012. © Judith Schlosser

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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