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Musiques Interdites : IXème festival

par Caroline Alexander

Frontières, exclusion, mémoire et oubli

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A Marseille, depuis neuf étés, un rendez-vous musical pas comme les autres réunit les mélomanes et les amateurs de raretés. Un rendez-vous de mémoire consacré aux musiciens bâillonnés par les dictatures. Du 2 au 8 juillet prochain Musiques interdites leur rendra hommage en quatre créations axées autour des thèmes des frontières et des exclusions. Cinéma, concerts, oratorio et création de l’opéra : Die Kathrin d’Erich Wolfgang Korngold. Un événement qui l’année dernière n’avait pas pu être mené à terme à la suite de problèmes financiers.

Ils s’appelaient Korngold, Schreker, Hindemith, Weill, Braunfels, Zemlinsky, Krasa, Ullmann, Haas : la dictature nazie taxa leurs œuvres de « musique dégénérée » - « entarte musik », comme elle le fit dans les domaines de la peinture, de la littérature, de la pensée humaine. Ils furent en leur temps – durant le premier tiers du vingtième siècle, des créateurs novateurs reconnus, fêtés. Ils pratiquaient les styles les plus divers où les harmonies classiques croisaient les atonalités et le dodécaphonisme, le jazz et la musique populaire… Juifs, communistes, amateurs de jazz étaient exclus d’office. Après la guerre, la vogue de l’atonalité décrétée à Darmstadt plongea nombre d’entre eux dans un deuxième oubli. Il fallut attendre la fin des années soixante pour remettre ces musique dans nos oreilles, notamment grâce aux recherches de la firme Decca qui leur consacra une remarquable collection.

Nazisme et stalinisme allaient se tendre la main dans la mise à la poubelle de toute œuvre dont l’esthétique, le fond comme la forme risquait de perturber les diktats de leurs politiques. Et tout compositeur dont les origines n’entrerait dans le moule de critères raciaux.

En espérant que les revendications des intermittents ne vienne les perturber, Michel Pastore, directeur du festival et le Forum Culturel autrichien, son partenaire, ont élaboré un programme varié où se croiseront le cinéma, la musique orchestrale et l’opéra. Deux espaces seront investis : La Friche Belle de Mai–haut lieu de la vie artistique marseillaise - et, comme chaque année, sous le parrainage de du Préfet de Région, l’imposante cour historique de la préfecture des Bouches du Rhône, lieu symbolique qui fut zone libre de 1940 à 1942, et qui fit de Marseille la capitale de l’exil durant les années noires .mondiale. Elle se veut aujourd’hui symbole des réconciliations.

On découvrira le dispositif scénique unique conçu par le plasticien Philippe Adrien qui veut sortir concerts et spectacles de la routine des conventions. Projections et jeux de lumière rappelleront les autodafés assassins de l’intelligence en parallèle avec des images du maquis du Vercors. On passera du noir et blanc à la couleur en hommage à Erich Wolfgang Korngold qui, refugié à Hollywood, y devint le premier grand compositeur de musiques de films, à l’aube du technicolor. Philippe Adrien a également conçu l’assemblage des interviews témoignages autour du compositeur Jan Meyerowitz, incarcéré au Camp des Mille, réfugié dans différentes cachettes de Marseille avant son exil à New York. On entendra pour la première fois son cycle mélodique pour soprano composé durant son incarcération. Des extraits de The Barrier versus Mulâtre (voir WT 3803 du 13 juillet 2013) créé l’été dernier seront également diffusés

Le cinéma donnera le coup d’envoi avec Die Stadt ohne Juden/La Ville sans Juifs, film muet satirique de Hans Karl Breslauer (1888-1965) réalisé en 1924 et « cinémixé » pour l’occasion par Pierre Aviat (mercredi 2 à 22h sur le toit terrasse de la Friche Belle de Mai). Le grand théâtre du même lieu accueillera le samedi 5 à 21h l’hommage à Meyerowitz Meyerowitz’s Marseilles Barrier.

Le 6 juillet à 21h, sur le grand plateau de la même Friche, la création de l’oratorio Qui rapportera ces paroles ? réunira le compositeur Philippe Hersant, né en 1948 et l’auteur dramaturge Charlotte Delbo (1910-1985), rescapée des camps. Arnold Schoenberg et son Pierrot lunaire, le poète Hölderlin (Lebenslauf) mis en musique par Philippe Hersant complèteront la soirée.

En clôture le 8 juillet, la création tant attendue de Die Kathrin versus Zone libre de Korngold, adapté par Michel Pastore. L’Orchestre Symphonique de la Garde Républicaine sera dirigé par Sébastien Billard.

Parmi les artistes invités sur l’ensemble de la manifestation on rencontrera, entre autres, Elisabeth Flechl, Klemens Sander, Claudia Sorokina, Vladik Poloniov, Raoul Lay et l’Ensemble Télémaque, Nicolas Cavallier, Brigitte Peyré… Lancien ministre de la justice Robert Badinter a été nommé invité d’honneur de l’événement.

Marseille – Festival Musiques Interdites, du 2 au 8 juillet 2014
www.musiques-interdites.eu – musiquesinterdites free.fr
billeterie.lafriche.org – 04 95 04 95 95

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