Du 9 au 30 novembre 2025 à Berthier 17 è de l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

Musée Duras d’après Marguerite Duras, mise en scène et scénographie Julien Gosselin.

Vivre la souffrance de l’amour, et l’écrire pour survivre.

Musée Duras d'après Marguerite Duras, mise en scène et scénographie Julien Gosselin.

Avec la promotion sortante du Conservatoire national supérieur dramatique, le metteur en scène et scénographe Julien Gosselin - directeur de l’Odéon, Théâtre de l’Europe - retraverse l’oeuvre protéiforme de Marguerite Duras (1994-1996), romancière, dramaturge, cinéaste. Il extrait onze propositions scéniques d’un musée imaginaire, onze dispositifs installés dans une boîte blanche, à l’intérieur de laquelle le public est assis bi-frontalement sur des gradins ou rangées de chaises noires, face au rectangle blanc du plateau. Il est invité parfois à investir le plein espace scénique, debout, assis ou allongé.

L’écriture durassienne est livrée sur la scène, via des corps à corps, ou corps seuls, des performances théâtrales accordant leur poids d’émotion à la littérature contemporaine, entre vagues de sons électroniques - micros autotune et autres modificateurs de voix -, et esthétique hip-hop/rap que dessinent les gestes et les mouvements, quand les interprètes dansent, s’accroupissent, se replient, se tordent et gisent sur le plateau, avant de se relever prestement, invectivant, accusant ou condamnant, bras lancé en avant, main levée - parfois l’index - : l’expression de la colère, rage et haine.

Les performeuses évoquent toute la gamme des émotions, des affections, des sentiments, des peines et des joies, dans leur grande force, l’une ou l’autre passant du français à l’arabe ou à telle langue africaine ; les interprètes/cameramen filment les scènes, une fois fait leur rôle théâtral.
« Les cimaises blanches de ce Musée Duras sont l’espace de projection d’un théâtre hanté par l’absence, le désir, la mort… » : Marguerite Duras, pour les générations de années passées, a été la première auteure « populaire » à parler crûment de l’acte l’amour - ainsi nommé -, ses prémisses et son accomplissement final -, ce qui apportait souffle et air de liberté à des jeunes gens formés par les récits fondateurs de Proust, Céline, Dostoïevski, Kafka…

Aussi lisait-on L’Homme assis dans le couloir, un rien pornographique, et L’Amant, où la protagoniste « dit avoir toujours eu, même à quinze ans, le visage de la jouissance, du vice, de l’alcool ». Des textes d’émancipation et de quête d’autonomie et de reconnaissance féminines, tels les échanges évocateurs entre les couples de La Musica deuxième, de Suzanna Andler.

La femme de lettres dite bourgeoise et romantique ne parle que d’amour dans ce Musée Duras - Savannah Bay, L’Amant, La Maladie de la mort … et des textes plus « politiques » - Hiroshima mon amour, La Douleur  -, et encore Bérénice dans l’essai théorique du Théâtre/ L’Exposition de la peinture.

L’être éprouve solitude profonde et isolement entre les interstices amoureux.

S’impose cette vision romantique de la passion orageuse qui emporte tout, l’amour-thème tragique, marque du destin et de la séduction d’être : « ce qui exalte le lyrisme occidental, ce n’est pas le plaisir des sens, ni la paix féconde du couple. C’est moins l’amour comblé que la passion d’amour. Toute passion signifie souffrance ». ( Denis de Rougemont, L’Amour et l’Occident).
Soit la prépondérance du destin sur la personne libre et responsable, l’ampleur d’une douleur dont l’écriture se ressaisit pour mettre à distance cette maladie de la mort, et écrire. L’auteure de L’Homme atlantique indique : « La seule façon de se sortir d’une histoire personnelle c’est de l’écrire. »
Julien Gosselin, enclin à la lecture et à la littérature, fait jouer sur scène, à sa manière lumineuse, les passions existentielles - salut, sauvegarde du théâtre.

Musée Duras, d’après Marguerite Duras, mise en scène et scénographie Jules Gosselin. Avec des élèves de la promotion 2025 du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, durée 10 heures : cinq performances de deux heures à voir en continu ou séparément. Avec Mélodie Adda, Rita Benmannana, Juliette Cahon, Alice Da Luz Gomes, Yanis Doinel, Jules Finn, Violette Grimaud, Atefa Hesari, Jeanne Louis-Calixte, Yoann Thibaut Mathias, Clara Pacini, Louis Pencréac’h, Lucile Rose, Founémoussou Sissoko, et la participation de Denis Eyriey
Guillaume Bachelé. Dramaturgie Eddy D’aranjo, régie vidéo Raphaël Oriol, Baudouin Rencurel, collaboration à la vidéo Pierre Martin Oriol, musique Guillaume Bachelé Maxence Vandevelde, lumière Nicolas Joubert, collaboration à la scénographie Lisetta Buccellato, costumes Valérie Montagu, collaboration au son Julien Feryn, assistanat à la mise en scène, surtitrage Alice de la Bouillerie. Du 9 au 30 novembre 2025, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 10h à 18h, relâche lundi, mardi et jeudi, aux Ateliers Berthier de l’Odéon - Théâtre de l’Europe, Berthier, 1 rue André Suarès Paris 17 è. Tél : 01 44 85 40 40, theatre-odeon.eu

Crédit photo : Simon Gosselin.

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Véronique Hotte

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