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Critiques / Théâtre

Monsieur de Pourceaugnac de Molière

par Gilles Costaz

Un provincial à Paris

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Molière a rarement écrit quelque chose d’aussi cruel que Monsieur de Pourceaugnac. C’est l’attaque en règle d’un Parisien contre les provinciaux qu’on n’oserait plus écrire aujourd’hui. Pauvre Pourceaugnac qui, venant de Limoges, est aussitôt mal reçu dans la capitale et, persécuté par de méchants bourgeois parisiens et un bandit napolitain, subit bien des épreuves avant de repartir en repliant armes et bagages ! De ce texte on tire généralement des mises en scène honorables et peu marquantes, car la pièce est forte mais assez mal faite. Clément Hervieu-Léger la transpose sans ambages : cela se passe désormais dans les années 50. Les filles ont des robes à fleurs, les garçons portent des bérets, une petite Simca 5 vert olive se balade sur le plateau et, nous dit Hervieu-Léger, « une bande de ragazzi italiens » entoure et harcèle Pourceaugnac. Drôles d’italiens ! Ils sont plutôt espagnols, d’autant plus que l’excellent Daniel San Pedro, hispanique comme son nom d’indique, porte à un moment un costume fantaisiste de torero (son habit de lumière est vert !) et joue son rôle de Napolitain façon madrilène !
C’est un peu n’importe quoi : l’Italie annoncée est espagnole, le Paris des années 50 a des airs de campagne et non de grande ville. Hervieu-Léger, l’un des grands metteurs en scène de sa génération (le merveilleux Misanthrope joué au Français par Loïc Corbery, c’est son œuvre), n’a pensé qu’à s’amuser et à laisser entrer sur le plateau, comme un grand vent frais, la musique et les chants. Acteurs et chanteurs se mêlent sans qu’on puisse toujours les démêler. C’est l’une des qualités du spectacle : la direction d’acteurs anime tout le monde. On finit par ne plus s’intéresser à la pièce mais plutôt à un climat de fête qui gagne tous les personnages, sauf Pourceaugnac. Pourtant, dans ce rôle, Gilles Privat sait amplifier la présence lunaire qu’il a naturellement et y ajouter une douleur émouvante ; on aimerait que la mise en scène le replace au centre de la soirée. Mais le texte semble plutôt un prétexte qu’un objectif de première nécessité. « La grande affaire est le plaisir », proclament les couplets de Molière. Il y a, en effet, beaucoup de plaisir distillé par cette prise en main blagueuse d’un classique et qui se donne des allures de désinvolture.

Monsieur de Pourceaugnac de Molière et Lully, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, direction musicale et conception musicale du spectacle de William Christie,
décors d’Aurélie Maestre, costumes de Caroline de Vivaise, lumières de Bertrand Couderc, son de Jean-Luc Ristord, chorégraphie de Bruno Bouché,
maquillages et coiffures de David Carvalho Nunes,
assistanat musical de Paolo Zanzu, avec Erwin Aros, Clémence Boué, Cyril Costanzo, Claire Debono, Stéphane Facco, Matthieu Lécroart, Juliette Léger, Gilles Privat, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro, Alain Trétout
et les musiciens des Arts Florissants.

Direction et clavecin
 par Paolo Zanzu (du 14 au 30 juin)
 et William Christie (du 1er au 9 juillet).

Bouffes du Nord, tél. : 01 46 07 34 50, jusqu’au 9 juillet. (Durée : 1 h 50).

Photo Brigitte Enguérand. 
 

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