Les 7 8 9 | 11 12 13 juillet à 12h, Festival d’Avignon In, la Chartreuse de Villeneuve Les Avignon.
Mon Frère, mise en scène de François Gremaud. Avec Christian et François Gremaud.
Lutter pour se faire entendre dans un monde d’entendants quand on est Sourd.

Pour Christian Gremaud, prendre sa place dans un monde d’entendants est un combat. Sourd de naissance, il a grandi en faisant face aux violences et aux exclusions. Le metteur en scène François Gremaud dont le théâtre corporel doit beaucoup à Christian, a conçu Mon frère, une pièce-hommage. Porté par un désir de justice, le spectacle va du témoignage à l’acte de partage, à l’égalité mêlant poésie, humour et expressivité de la LSF. Le public apprend, grâce à lui, les gestes qui signifient résister, égalité, union, amour…
Sur la scène, les frères entrent en résistance, entre amour et goût de vivre. Le public écoute, en alerte, certain de la promesse fraternelle que recèle la Langue Française des Signes d’un côté, et l’explication verbale de l’autre.
Christian a vécu une série d’expériences professionnelles douloureuses, grandi dans un monde qui ne lui a pas laissé de place, lui qui est engagé politiquement dans la défense de sa communauté. François a voulu « faire sa part », à travers un spectacle en commun, et partager cette proposition théâtrale et politique à l’égard de la communauté Sourde, les personnes « en situation de handicap », et celles plus généralement minorisées.
Il faut parvenir à s’exprimer et à se faire comprendre au milieu de personnes entendantes. Au-delà des injustices, des discriminations, des violences, il est toujours possible de se relever : Christian a sombré à maintes reprises puis il s’est relevé - un acte de résistance répété souvent dont il a la pleine vitalité.
L’auteur François Gremaud écrit en articulant le langage - jeux de mots, homophonie, glissements sonores et double-sens phonétiques. La Langue des Signes Française fonctionne sur la spatialité, l’iconicité, la morphologie visuelle, la simultanéité, avec un humour autre, une créativité en LSF.
Et voir Christian sur scène est un spectacle en soi : l’interprète de son histoire s’engage pleinement dans le mouvement et l’acte de signer - une présence physique forte qui ne modère pas ses efforts et s’investit dans l’espace. Christian s’exprime dans une langue différente, avec sa structure, sa syntaxe et ses codes, sa manière d’articuler la pensée dans l’espace, en 3D. La LSF n’est pas une adaptation gestuelle du français, mais une langue à part entière, visuelle. La pièce déplace le regard : le Sourd ne se réduit pas à une identité déficitaire mais fait apparaître une présence entière, une langue forte.
Dans la culture Sourde, la surdité n’est pas une perte, mais une autre organisation du monde, une modalité sensorielle, linguistique et relationnelle. Les Sourds ne se définissent pas. comme « handicapés », mais comme les membres d’une minorité linguistique avec un mode d’existence propre.
Telle la plupart des communautés discriminées, par racisme ou inégalité de genre, les Sourds ont une longue expérience de la résistance : un besoin vital de penser le monde autrement – en transformant la vulnérabilité en puissance, en affirmant un désir de cohabitation égalitaire.
Le problème, c’est de ne pas entendre dans un monde d’entendants.
Résister et penser un autre monde possible à travers les actes de résistance de la communauté sourde et des communautés discriminées (LGBTQI+, personnes racisées), et les écrits politiques et philosophiques d’Isabelle Stengers, de Donna Haraway (penser avec le trouble) ou de Cynthia Fleury (la vulnérabilité n’est pas une faiblesse mais une condition partagée.)
Au-delà des injustices, discriminations, violences, il est toujours possible de se relever : Christian a sombré puis il s’est relevé - un acte de résistance.
François qui observe son frère raconte et explique avec ses mots et sa capacité verbale le propre récit signé par la LSF de Christian. Le public est étonné de son aisance, de sa virtuosité à s’impliquer dans la bataille. Le Sourd bougonne et s’exclame, fâché, à la fin d’un échec : « C’est nul… », image qu’il compare au dragon combattu qui gît mort aux pieds d’une dame.
Un beau duo de frères qui se comprennent intimement et aspirent à être « entendus », symboliquement et philosophiquement, par tous les autres, les "entendants".
Mon Frère, mise en scène de François Gremaud. Avec Christian Gremaud et François Gremaud, accompagnement artistique et linguistique Emmanuelle Laborit, Jennifer Lesage-David, arrangement musique Luca Antignani, Stephan Eicher, Interprétation musique Quatuor Espejo, Stephan Eicher, dramaturgie et scénographie François Gremaud, direction technique et lumière William Fournier, son Anne Laurin, costumes Anne-Patrick Van Brée, interprètes LSF (Langue des Signes Française) Lorette Gervaix, Mélanie Monnard, traduction Sarah-Jane Moloney (anglais). Les 7 8 9 | 11 12 13 juillet à 12h, Festival d’Avignon In, la Chartreuse de Villeneuve Les Avignon. Les18 au 27 septembre 2026 Théâtre du Rond-Point. Du 18 au 19 novembre 2026 Le Zef Marseille. Le 21 novembre 2026 Théâtre du Passage Neuchâtel. Les 24, 25 novembre 2026 Les 2 Scènes, Scène nationale de Besançon. Du 3 au 5 décembre 2026, Le Quartz – Scène nationale de Brest. Les 10, 11 décembre 2026 Nuithonie, Villars-sur-Glâne Fribourg.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.



