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Critiques / Théâtre

Moins deux

par Stéphane Bugat

Drôlement désespéré

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Deux hommes à qui l’on annonce qu’il ne leur reste que quelques jours à vivre, c’est drôle parce que c’est absurde, parce qu’ils n’ont plus de temps à perdre, surtout pas en s’encombrant des conventions et des malentendus qui ont pesé sur leur existence. Tel est le postulat pour le moins audacieux sur lequel Samuel Benchetrit a construit Moins deux, une pièce dont il est l’auteur et qu’il met en scène. Deux vieillards, voisins d’infortune dans une chambre d’hôpital, décident de prendre la poudre d’escampette. Plus facile à dire qu’à faire, d’autant que les rencontres de circonstance et leur bon cœur vont les mener inexorablement vers leur point de départ. Ce bref moment de liberté leur aura cependant permis de se mettre au clair avec leur banal passé, l’un des deux, par exemple, retrouvant sa fille qu’il n’a jamais connu et qui constitue son plus lourd remord.

Un climat guilleret et nostalgique

Le grand mérite de l’écriture de Benchetrit, c’est sa simplicité, sa sobriété. Il imagine des situations apparemment toutes simples et c’est le climat à la fois guilleret et nostalgique qu’il installe qui les relie entre elles. Sa mise en scène est au diapason. Elle ne cherche surtout pas le spectaculaire ou l’emphatique. Mais si tout cela fonctionne aussi harmonieusement, c’est évidemment grâce au duo Jean-Louis Trintignant / Roger Dumas (Valérie Crouzet et Manuel Durand avec des personnages plus fugitifs sont, eux aussi, parfaitement dans le ton). Ces deux-là, qui passent la soirée en pyjama, font de charmants compères. Le capricieux et le bougon, le taciturne et le bon bougre, le fataliste et le naïf. La finesse de leur complicité, l’efficacité d’un clin d’œil, d’une mimique, leur évitent tout effet de scène.

Une douce petite lumière

L’issue est fatale ? Qu’importe. Ils se sont trouvés. Ils se chamaillent beaucoup, ils se confient un peu, surtout ils se libèrent. Un fugitif moment de bonheur, passager clandestin au hasard de deux vies que la maladie va emporter inexorablement. Ce n’est pas parce que la situation est désespérée qu’il ne faut pas en sourire. D’ailleurs, regardons autour de nous. Il y a des gens qui s’aiment, se fuient, se cherchent. Il y a la vie qui vient alors même que la mort s’annonce. Ce Moins deux, c’est une douce et utile petite lumière en des temps prompts à la morosité.

Moins deux, écrit et mis en scène par Samuel Benchetrit, avec Jean-Louis Trintignant, Roger Dumas, Valérie Crouzet et Manuel Duarnd. Décor, Yan Arlaud, costumes Hanna Sjödin, lumières Alain Poisson. Théâtre Hébertot. Tél : 01 42 97 59 81.

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