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Critiques / Opéra & Classique

Mesdames de la Halle de Jacques Offenbach

par Caroline Alexander

Joyeux méli-mélo au royaume des fruits et légumes

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L’Opéra de Lyon se délocalise. Intramuros sur les hauteurs de la ville, au Théâtre de la Croix Rousse que dirige Jean Lacornerie. Après la gravité poétique de Terre et Cendres de Jérôme Combier et Atiq Rahimi (voir WT du 14 mars 2012), c’est la verve musicale de Mesdames de la Halle que Jacques Offenbach fait exploser en feu d’artifice dans une mise en scène trépidante du maître de maison. Opérette-bouffe au double sens du mot, par sa parenté avec le style de l’opéra du même nom – mêlant dialogues parlés aux airs chantés – et par son sujet dont la bouffonnerie tourne autour de ce qui se mange.

Moins choyées que ses Belle Hélène ou Grande Duchesse de Gerolstein, ces Dames de la Halle et leur méli-mélo sentimental et gastronomique valent d’être découvertes. Offenbach les a fait naître en 1858 alors que Victor Baltard achevait la construction de ces Halles qui allaient porter son nom. Un lieu de toutes les couleurs, de toutes les odeurs, le centre chaud de la capitale dont Zola allait respirer les effluves dans son Ventre de Paris. Un lieu de nostalgie pour les Parisiens d’aujourd’hui qui ont eu la chance d’en connaître les dernières pulsations avant leur démolition en 1969.

Offenbach y fait danser, chanter, se chamailler une tribu d’hurluberlu(e)s aux patronymes folâtres : mesdames Madou, Beurrefondu et Poiretapée (destinées à des voix d’hommes) courtisées par le tambour-major Raflafla qui lorgne leurs économies alors qu’elles en pincent pour le gentil apprenti cuisinier Croûte-au-Pot, lequel n’a d’yeux que pour Ciboulette, l’orpheline jolie qui vend ses fruits. Le mélodrame couve : Madou et Beurrefondu croient reconnaître en elle l’enfant qu’elles ont perdu, mais une lettre tout soudain retrouvée désigne Poiretapée et Raflafla comme les vrais géniteurs de la mignonne. Qui épousera son marmiton de soupirant…

L’histoire des lieux

Leur aventure dure à peine une heure. Lacornerie la fait précéder par une leçon de choses en forme de prologue. L’histoire des lieux, en chiffres, en lettres, en métiers, en parasites, en produits et en textes puisés chez Zola, Maxime Ducamp, Henri Boutet ainsi qu’en chansons populaires signées Vincent Scotto ou Dranem (« ah les p’tits pois… », « L’hymne à l’asperge »…). Le tout accompagné de projections à la façon du ciné muet puis, en finale par des bouts filmés extraits de l’émission « Mémoire d’un vieux quartier » de Daniel Karlin et Gérard Chouchan.

Deux comédiens de music hall (sonorisés), Jacques Verzier, Fregoli dynamique, et Sophie Lenoir qui fait tout (et en fait trop) illustrent les trente minutes du hors d’œuvre. Jean Lacornerie les a conservés pour le plat de résistance, où ils interviennent, plus souvent à tort qu’à raison, en doublure des personnages.

La palme du rire et du plaisir

C’est le seul point faible du spectacle dont le décor de cageots volants et de palettes empilées (Bruno de Lavenère), les costumes d’une drôlerie irrésistible, le rythme, les effets de magie sidérants réglés par un as de l’illusion Thierry Collet, emportent la palme du rire et du plaisir. Jean-Paul Fouchécourt, ténor et haute-contre connu de tous les répertoires baroques (et autres), a pris la baguette de chef pour diriger, avec une gourmandise communicative, les instrumentistes, élèves du Conservatoire National de Lyon répartis sur la scène côté jardin, le théâtre ne disposant pas de fosse. Des jeunes pousses pleines de promesses tout comme les solistes du Nouveau Studio de l’Opéra de Lyon : les barytons Ronan Debois (Mme Madou), Philippe Nicolas Martin (Mme Beurrefondu), le ténor Jérémy Duffaut (Mlle Poiretapée) qui bouffonnent à qui mieux mieux, le ténor portugais Rui Dis Santos, Raflafla joliment flagada, la mezzo Elise Beckers en Croûte-au-pot ahuri, et surtout l’adorable Jeanne Crousaud, Ciboulette aussi gracieuse d’allure que de voix.

Mesdames de la Halle de Jacques Offenbach, livret Armand La pointe, précédé d’un prologue en chansons et en textes signés Zola, Ducamp, Boutet, Scotto, Dranem. Orchestre des élèves du Conservatoire National de Musique de Lyon, direction Jean-Paul Fouchécourt, mise en scène Jean Lacornerie, décors Bruno de Lavenère, costumes Robin Chemin, chorégraphie Raphaël Cottin, effets magie Thierry Collet, images Etienne Guiol. Avec Jeanne Crousaud, Elise Beckers, Ronan Debois, Rui Dos Santos, Jérémy Duffaut, Philippe Nicolas-Martin, Alima Mhamdi.

Lyon - Théâtre de la Croix Rousse, du 5 au 15 mai 2012 à 20h.

04 72 07 49 49

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