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Critiques / Théâtre

Mes prix littéraires de Thomas Bernhard

par Gilles Costaz

Un récipiendaire ombrageux

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L’intraitable Thomas Bernhard allait-il à la remise des récompenses qu’on lui attribuait ? Mais oui. Ce fut la surprise que provoqua son petit livre, paru en France après sa mort, Mes prix littéraires. Olivier Martinaud en tire deux spectacles, où il joue lui-même en partageant les textes avec un autre comédien. Bernhard, un brin pervers, allait retirer ses prix en compagnie d’une amie qu’il appelait sa tante, et, une fois dans la salle officielle, se montrait le plus discret possible, au point que les organisateurs cherchaient parfois longtemps le lauréat invisible. Mais, quand il parlait, ce n’était pas toujours du goût de tout le monde. Dans ces textes-là comme dans ses autres œuvres, mais d’une manière plus anecdotique, avec un esprit de récréation, presque de cour d’école, il se moque encore et toujours de son pays, l’Autriche, pour lui monstrueusement embourgeoisé et jamais épuré de son passé nazi. Le récipiendaire est facilement ombrageux !
Dans le premier spectacle, où l’écrivain relate les cérémonies où on lui décerna le prix Grillparzer, le prix d’Etat autrichien de littérature et le prix Anton-Willgans (et où il pense surtout au chèque qui accompagne le prix), les textes sont joués par Claude Aufaure et Olivier Martinaud. Chacun a sa façon de dire, savoureuse et opposée. Aufaure, c’est l’ironie qui éclate dans une voix grave et un sourire malicieux, l’art de conter à travers le détail, avec une mise en place de chaque syllabe. Martinaud, c’est une voix plus feutrée, pour prendre le public dans une confidence, comme s’il s’agissait de secrets qu’il transmettait en échange d’un engagement à ne rien répéter. Voix haute et voix basse, voix claire et voix secrète, cette différence de ton enrichit notre perception de l’humeur bernhardienne qu’il est bien agréable d’attraper ainsi intimement, et non pas dans le fracas de ses grandes orgues colériques.

Mes prix littéraires de Thomas Bernhard, mise en scène d’Olivier Martinaud, lumière de Rémi Godroy, avec Claude Aufaure et Olivier Martinaud, puis, du 3 juin au 3 juillet, avec Laurent Sauvage et Olivier Martinaud.

Le Lucernaire, tél. : 01 45 44 57 34. (Durée : 1 h 05).

Photo : Claude Aufaure, crédit Pascal Gely

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