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Critiques / Théâtre

Mémoire d’un vieux tzigane de Pétia Iourtchenko

par Gilles Costaz

Un peuple opprimé en fête

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Le « vieux Tzigane » est à l’avant-scène, les cheveux en désordre, l’air pensif. Ses attitudes sont à la fois souples et brisées. Toute l’histoire de son peuple est dans sa tête. La douleur se libère et s’efface avec le chant et la danse. Le plateau nu va s’emplir d’une foule d’artistes. Ils seront seize à surgir, disparaître, revenir. Infinité de couleurs chatoyantes pour les femmes, vestes noires pour les hommes. C’est l’éternelle parade de la séduction qu’ils nous jouent, corps agiles, bras levés, pas qui claquent, sur un rythme endiablé, dans une succession de jeux où il n’y a pas de vainqueur, chacun étant tour à tour reine ou roi. Toujours le vieux Tzigane revient. C’est Pétia Iourtchenko : il a ordonné la fête et il l’interrompt parfois d’un solo douloureux – lutte contre l’oubli, contre la vieillesse, contre l’immobilisme - ou par un tableau qui évoque la persécution de son peuple par les nazis (moment brutal, qui secoue, qui casse volontairement le galop de la soirée, avant que s’éloignent les souvenirs des atrocités). Toujours, l’allégresse revient, comme un défi, à travers le déchaînement des corps et de la musique. D’où viennent tous ces Tziganes ? Iourtchenko vient de la tribu des Valch, en Ukraine. Il a joué dans les music-halls de Moscou et dans divers films, avant de créer à Paris sa troupe Romano Atmo (l’Ame tzigane). Ses partenaires appartiennent pour la plupart aux générations nouvelles (il y a même un adolescent, très doué), ils habitent la France et portent tous l’histoire des Roms. Leur théâtre dansé est peu intellectualisé. C’est une explosion généreuse qui revendique le droit de vivre à travers un art ancestral d’une éblouissante jeunesse.

Mémoire d’un vieux Tzigane, création, chorégraphie, mise en scène et costumes de Pétia Iourtchenko, avec Pétia Iourtchenko (jeu), Matrena Yankovskaya (chant), Sacha Vallayes (guitare) et la compagnie Romano Atmo.

Théâtre de Ménilmontant, tél. : 01 46 36 98 60, jusqu’au 4 avril. (Durée : 1 h 30).

Photo Jérémy Mathur.

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