Mécanique d’une famille de Martin Kindermans
Une évocation sensible et réussie de la dictature en Argentine

Martin Kindermans, l’auteur et metteur en scène de Mécanique d’une famille, est d’origine argentine par sa mère et sa famille lui a transmis l’histoire et la culture argentines et notamment des récits concernant la dictature militaire de 1976 à 1983. Lors de son dernier voyage à Buenos Aires, il est particulièrement touché par les portraits des disparus affichés dans les rues de la ville. Dans sa pièce, il aborde le scandale des enfants volés à leur famille biologique et confiés à des proches du pouvoir. Pour évoquer ce sujet, il a choisi le prisme d’une histoire particulière, celle de Soledad qui découvre qu’elle fait partie de ces enfants volés et le temps d’un dîner elle retrouve Constanza qu’elle ne peut plus considérer comme sa sœur. Les discussions sont âpres et douloureuses de part et d’autre. Pour Soledad elle raconte l’histoire de ses parents journalistes qui furent victimes de la dictature. Pour Constanza, il lui faut entendre que son père fut un bourreau. La composition de la pièce compote des va-et-vient permanents entre les deux époques : celle du dîner des deux jeunes femmes en 2009 et des flash-back qui racontent la vie des parents de Soledad. Nous découvrons ainsi les trois années qui ont précédé le Coup d’Etat et les atrocités commises sous la dictature.
Le décor représente un appartement de location assez banal avec un bar côté jardin et une fenêtre en fond de scène côté cour. Cet élément est important pour la composition et la mise en scène. La fenêtre donne sur l’ancien centre de détention de l’Ecole de Mécanique et les horreurs des la dictature s’imposent dans le présent des deux jeunes femmes. La fenêtre délimite un espace qui permet aux comédiens de changer de vêtements et ainsi passer d’une époque à une autre. Les costumes sont essentiels pour les repères temporels et les tenues portées par les parents correspondent à la mode des années 70 tandis pour interpréter les deux sœurs, les comédiennes portent des tenues plus intemporelles.
Mécanique d’une famille aborde un sujet mémoriel avec beaucoup d’émotion et explore les déchirements éprouvés par les enfants volés et par ceux des bourreaux. Comment appréhender cette vérité qui détruit tous les repères de l’enfance et oblige la confrontation avec des êtres monstrueux ? La réussite de Martin Kindermans est de traiter ces sujets de manière sérieuse et avec sensibilité. Valentine Daruty, Marion de Schrooder et Thomas de Fouchécour sont excellents ; ils endossent leurs différents rôles avec une grande aisance et jonglent avec finesse entre les époques et les multiples émotions qui habitent leurs personnages. Mécanique d’une famille est une pièce réussie et nécessaire qui, à travers l’histoire particulière d’une famille rappelle un pan tragique de l’Histoire argentine qui continue à hanter la mémoire des proches des victimes de la dictature.
Texte et mise en scène : Martin Kindermans
Avec Valentine Daruty, Marion de Schrooder, Thomas de Fouchécour
Lumières : Alexis Parmé
Scénographie : Salma Bordes
Costumes : Juliette Thibault
Musique : Léandro Lacapère, Marie-Anne Faupin, Mathias Naon, Clément Combacal
Affiche : Madeleine Daruty
Festival Off Avignon jusqu’au 25 juillet
Théâtre de l’Oriflamme, 3-5 rue du Portail Mathéron, 84000 Avignon
A 17h35 – durée 1h10



