A vau l’eau, chemins d’exil de Wejdan Nassif, traduit par Nathalie Botemps.
Une cartographie émouvante de d’exil.

La compagnie Pardès rimonim, entre 2019 et 2020, entreprend un cycle de recherche sur l’exil et créée avec Passages Transfestival, l’atelier El Warsha, un espace de rencontre par le théâtre entre réfugiés et habitants de Metz. De ce cycle découle la création d’un diptyque avec Après les ruines (2019) et A vau l’eau (2020).
Que deviennent les exilés lorsqu’ils s’installent dans leur nouveau pays ? Pour aborder ce sujet, Amandine Tuffy et Bertrand Sinapi ont choisi de porter sur scène le texte de l’autrice syrienne Wejdan Nassif A vau l’eau qui esquisse son portrait et celui de ses voisins dans la cité de Borny à Metz. Le texte de l’autrice est interprété par la comédienne Amandine Truffy dont le jeu maitrisé et la voix douce et sensible nous raconte le parcours de la famille de Wejdan Nassif. Depuis 1948 ses aïeux d’origine syrienne sont ballotés de pays en pays pour des raisons économiques ou politiques. L’autrice réussit enfin à trouver refuge en France après un séjour au Liban. L’intégration est un combat de chaque instant et le déracinement pèse toujours dans le cœur de la réfugiée : « tu es ici. Mais tu es toujours là-bas » écrit-elle dans son ouvrage A vau l’eau.
Wejdan Nassif est chargée de recueillir les témoignages de ses voisins eux aussi réfugies et qui résident dans la cité. La pièce est composée à partir des récits enregistrés qui font écho à ses paroles. On entend les voix de ces hommes ou de ces femmes venus de Syrie, du Soudan, du Koweit, de la Côte d’Ivoire, de Gaza, du Maroc et bien d’autres pays ravagés par les conflits et les régimes politiques barbares. Les voix s’élèvent et racontent les parcours dangereux de l’exil, les proches morts en cours de route, les voyages interminables et incertains. Toute la souffrance de ces hommes et de ces femmes envahit l’espace avec des mots simples sur un ton neutre qui rendent les récit encore plus poignants ; Ils racontent aussi leur volonté d’apprendre, de jouer au foot, et toute l’importance du téléphone, mémoire de l’exilé qui garde précieusement les photos de là-bas et des proches.
La scénographie très réussie de Goury fait apparaître dans l’espace scénique les parcours de ces exilés. Sur un immense papier kraft, la comédienne Amandine Truffy à l’aide de pinceaux ou de crayon gras, trace des lignes qui dessinent les trajets évoqués au fil des récits. Elle place aussi des figurines, des maquettes d’immeubles, des objets à différents endroits pour redonner une existence à ces êtres meurtris. Cette cartographie de l’exil qui se construit devant nous est émouvante et compose une œuvre picturale qui rend plus concrets les chemins parcourus.
A vau l’eau, est un spectacle délicat et nécessaire, interprété avec finesse par Amandine Truffy dans une mise en scène efficace et esthétiquement réussie.
Texte de Wedjen Nassif , traduction de Nathalie Bontemps
Mise en scène : Bertrand Sinapi
Comédienne : Amandine Truffy
Avec les voix d’Ablema, Anwar, Elisabeth, Irfan, Jamal, Rafiq, Sahid, Wacila, Wejdan et les enfants de l’école 4 bornes de Metz
Compagnie : Pardès rimonin
Scénographie : Gouy
Composition musicale : Lionel Marchetti
Crédit photo : Guillaume Lenel
Festival off Avignon jusqu’au 23 juillet
Le 11, 11 Bd Raspail, 84000 Avignon — à 15H45 – durée : 1 heure



