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Critiques / Opéra & Classique

Mazzola, d’Espagne et d’Île-de-France

par Christian Wasselin

Enrique Mazzola dirige un programme hispanique à la tête de l’Orchestre national d’Île-de-France.

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On ne s’interrogera jamais assez sur les conditions dans lesquelles est rendue la musique. Car une œuvre musicale, au fond, qu’est-ce que c’est ? Une partition d’abord, une interprétation ensuite, mais aussi une salle, un ensemble d’instruments de telle ou telle facture, le choix d’une répartition desdits instruments dans la salle, etc.

Alexandre Tharaud jouait l’autre jour, avec autorité et délicatesse, les Nuits dans les jardins d’Espagne de Falla. Or, arrive un tutti d’orchestre pendant lequel le pianiste doit lui aussi jouer, et bien sûr on ne l’entend plus. Est-ce que le piano manque de puissance ? Est-ce que l’orchestre joue trop fort ? Est-ce que le compositeur n’a pas suffisamment pensé à la balance entre l’un et l’autre ? Est-ce que cet équilibre en cent ans a changé ? Si oui, à cause de la facture instrumentale ? du nombre et de la disposition des exécutants ? On ne proposera pas de réponse définitive, mais il a semblé que l’Orchestre national d’Île-de-France sonnait avec une belle transparence dans les instants d’intimité, avec une sonorité un peu trop compacte dans les moments d’intensité.

Même impression dans la copieuse Sinfonia sevillana de Joaquin Turina (1882-1949), disciple et ami d’Albeniz, compositeur très doué pour le piano (on aime ses Danses gitanes, ses Danses fantastiques, son Concerto sans orchestre) mais qui se laisse emporter par une veine folklorique un peu naïve et un peu trop cuivrée dans cette Sinfonia. De la générosité, certes, mais une chaleur un peu étouffante.

Enivrement

L’intérêt majeur de ce concert, c’était Debussy. Enrique Mazzola a bien fait de choisir au sein des Images la seule Iberia (Gigues et Rondes de printemps auraient été ici hors de propos) : Debussy n’est pas à proprement parler le musicien du pittoresque et de la couleur locale, mais son Espagne est d’une telle volupté que le miroitement orchestral des « Parfums de la nuit » (deuxième volet) se fait réellement grisant. Un instant d’intimité comme nous les évoquions plus haut, que l’Orchestre national d’Île-de-France a su rendre à merveille.

Et puis, il y avait aussi cette étrangeté : les Trois études de Debussy (« Pour les sonorités opposées », « Pour les notes répétées », « Pour les accords ») orchestrées en 1992 par Michael Jarrell. Trois pièces abstraites (ce qui ne veut pas dire âpres ou desséchées, mais simplement dépourvues d’intention littéraire ou descriptive) dont Jarrell a su faire trois paysages divers, ondoyants, bruissants ; on dirait volontiers : trois pastiches de Debussy lui-même, si ce mot n’avait pas de connotation parodique. « En orchestrant, j’écris donc une interprétation », explique Jarrell. A coup sûr, André Caplet aurait aimé !

L’Orchestre national d’Île-de-France et Enrique Mazzola, chef enthousiaste et engagé, s’entendent bien, ce qui est de bon augure : le chef espagnol (il est né à Barcelone, mais est aussi, ce qui ne gâte rien, ambassadeur du vino nobile de Montepulciano, en Toscane) sera le prochain directeur musical de l’orchestre à partir de septembre.

photo : Giancarlo Pastonchi

Debussy : Iberia  ; Falla : Nuits dans les jardins d’Espagne  ; Debussy/Jarrell : Trois études  ; Turina : Sinfonia sevillana. Alexandre Tharaud, piano. Orchestre national d’Île-de-France, dir. Enrique Mazzola. Salle Pleyel, 13 mai 2012. Le même programme sera redonné par les mêmes interprètes le 15 mai à Saint-Germain-en-Laye et le 16 mai à Sartrouville (www.orchestre-ile.com). Par ailleurs, les musiciens de l’orchestre donneront un concert de musique de chambre de la même veine (Debussy, Bizet, Granados) le 21 mai à 19h30 à l’Auditorium Saint-Germain.

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