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4 5 6 | 8 9 10 11 12 juillet 2026, à 22h, au Festival d’Avignon, à La Cour d’Honneur du Palais des Papes.


Maldoror, d’après Roberto Bolaño, Lautréamont, adaptation et mise en scène Julien Gosselin.

L’expérience de la scène comme un espace ouvert au public.

 Maldoror, d'après Roberto Bolaño, Lautréamont, adaptation et mise en scène Julien Gosselin.

Dix ans après son adaptation de 2666 au Festival d’Avignon, Julien Gosselin retrouve l’écrivain chilien Roberto Bolaño et le fait dialoguer avec Lautréamont, poète du XIX è siècle. Tous deux ont sondé la littérature et la violence, et dans un spectacle entre théâtre, cinéma et performance, Gosselin s’arrête sur cette malédiction littéraire. S’ancrant dans l’Amérique latine des seventies, le spectacle interroge les artistes qui ont côtoyé le mal. 

Là-Bas de Joris-Karl Huysmans a inspiré le geste du metteur en scène. Deux personnages y discutent de la littérature du temps, à la fin du XIXe siècle. L’un déclare à l’autre que le naturalisme littéraire n’explique pas tout du réel : il faudrait inventer un naturalisme noir, mystique, qui décrirait les passions, la société, et les forces inconnues. Huysmans voit dans l’existence et le mal un mystère : la littérature et l’art devraient en observer la matière noire, accepter l’idée d’un monde négatif, non représentable, un au-delà. Pour le directeur de l’Odéon - Théâtre de l’Europe, ce tableau de Huysmans sur le naturalisme à la fin du XIXe siècle s’appliquerait au théâtre du début du XXIe siècle.

Roberto Bolaño s’est intéressé aux nazis et aux serial killers. Et le spectacle Maldoror s’articule autour de romans de Roberto Bolaño dont La Littérature nazie en Amérique et Étoile distante. Les Chants de Maldoror de Lautréamont irriguent la pièce et en teintent l’atmosphère. Il est question non seulement de la présence nazie en Amérique latine, mais aussi du coup d’Etat de Pinochet au Chili en 1973, et des victimes disparues à jamais, dont les deux sœurs Grimadier, Angelica et Veronica, à Concepción, au Chili, en 1973, où se terraient les ex-SS. Il est question d’un écrivain, d’un autre, et d’autres intellectuels écartelés entre douleurs passées et un futur clos.

Et les échanges entre les personnages, d’une époque à l’autre, d’un continent à l’autre, d’une ville à l’autre, sont passionnants, toujours d’actualité, pertinents, convaincants dans le présent de la représentation. Les spectateurs pourraient même y prendre part, si on leur donnait la parole …

C’est dire aussi que les interprètes sont magnifiques d’engagement et d’élan, dévolus à la scène et à l’art de dire et de faire entendre le verbe sur un plateau, d’autant que ceux-ci se démultiplient, le public étant convié à pénétrer dans les antres de la création, suivant telle scène avec tel cameraman projetée sur écran pour les spectateurs assis dans la salle et ceux revenus de leur promenade entre les comédiens et les techniciens.

Une bière ou une eau à la main, les promeneurs amusés de côtoyer ainsi la création in vivo suivent à la trace Guillaume Bachelé, Rita Benmannana, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Jeremy Lewin, Jeanne Louis-Calixte, Cyril Metzger, Victoria Quesnel, Achille Reggiani, Lucile Rose, Maxence Vandevelde et les cadreurs Jérémie Bernaert et Baudouin Rencurel. Les interprètes sont placés d’emblée in médias res, passionnés, volubiles, persuasifs, entraînés dans leurs commentaires, libres dans leurs paroles. Ils sont filmés au plus près de leur visage à la fois expressif et lumineux. Tous composent un choeur de spectateurs, un collectif installé au coeur de l’action, invité à suivre les méandres sinueux d’une représentation dûment concertée et pensée en amont pour une belle coordination ultime.

Déplacer le regard du public : le défi est relevé qui réinvente la place du spectateur, entre théâtre et cinéma, entre regarder une scène ou un film, sous une pluie bienheureuse déversée, riche de signes qui l’interpellent et le poussent à réagir - les images, les corps, les voix et les sons, saisis, ressaisis ou perdus… Pour le maître d’oeuvre Julien Gosselin, « la forme du théâtre explose, se désagrège, comme si le théâtre remplaçait la vie, que la vie du public et celle de la forme se rejoignaient et produisaient un temps unique ».

Une expérience foisonnante, vivante, qui fait de la scène un espace ouvert, ne perdant jamais de vue les pouvoirs entêtants et obsédants de la littérature.


Maldoror, d’après Roberto Bolaño, Lautréamont, adaptation et mise en scène Julien Gosselin, scénographie Lisetta Buccellato, lumière Nicolas Joubert, vidéo Jérémie Bernaert, Pierre Martin Oriol, musique Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde, dramaturgie Eddy D’aranjo, Marie-José Malis, costumes Caroline Tavernier, son Théo Jonval, script Antoine Hespel. Avec Guillaume Bachelé, Rita Benmannana, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Jeremy Lewin, Jeanne Louis-Calixte, Cyril Metzger, Victoria Quesnel, Achille Reggiani, Lucile Rose, Maxence Vandevelde et les cadreurs Jérémie Bernaert et Baudouin Rencurel. Les 
4 5 6 | 8 9 10 11 12 juillet 2026, à 22h, au Festival d’Avignon In à La Cour d’Honneur du Palais des Papes. Du 15 janvier au 6 février 2027, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Berthier, Paris 17 è. Les 13 et 14 février 2027 Maison de la Culture d’Amiens. Les 20, 21 et 23 mars 2027 Comédie de Genève. Les 14 et 15 mai 2027 De Singel Anvers. Octobre 2027, Onassis Stegi Athènes.

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.


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Véronique Hotte

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