Accueil > Madame de Rémi De Vos

Critiques / Théâtre

Madame de Rémi De Vos

par Gilles Costaz

Grandeur et misère d’une tapineuse

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Chevelure haute comme une pièce montée, robe noire piquetée de pierres brillantes, bas satinés : la femme qui parle est une reine de la nuit. Nuit du sexe, nuit de la misère, nuit de la guerre, au milieu desquelles notre personnage a connu une certaine réussite sociale. Elle se sera inexorablement élevée dans les échelons de la vie fort peu clandestine de la prostitution. Après avoir été l’amie de corps de Landru (et avoir échappé à sa chaudière réductrice de corps découpés), elle a été mise sur le tapin par un homme au charme irrésistible. Le pli était pris. L’amour tarifé sera sa vie. En temps de guerre – on est d’abord en 14-18, puis l’on passe dans l’entre-deux-guerres - , il y a du travail pour améliorer l’ordinaire des poilus ! Heureusement, Madame sait nager. Elle navigue entre la province et Paris. La voilà un jour tenancière. Et son boxon marche à la baguette. Dommage que la vie ne soit pas si simple, qu’il y ait une nouvelle guerre mondiale ensuite une guerre d’Algérie et bien d’autres complications…
La pièce monologuée de Rémi De Vos est truculente en surface et coupante comme une lame à l’intérieur. C’est un très beau texte sur l’art de ne pas aimer et celui d’exploiter l’humanité. L’auteur l’a mis en scène lui-même, dans la plus simple des simplicités : juste une comédienne et une chaise. Mais les mots, souvent argotiques, tombent comme des gouttes de pluie : c’est triste comme les averses au automne, sans espoir de soleil. C’est poisseux et irréversible dans l’indifférence et l’aveuglement des êtres modestement cupides. Catherine Jacob est l’actrice qu’il faut. Une énorme perruque sur la tête, surélevée comme un bonne de horse guard, elle règne sur la longue et étroite vie de son personnage. Elle tempère toute énergie pour égrener d’une voix nasale et basse cette suite de turpitudes dont le personnage tire gloire mais sans trop de vanité. Le moment est tout à fait noir et tout à fait saisissant.

Madame de Rémi De Vos, mise en scène de l’auteur, décor et son d’Othello Vilgard, lumière de Joël Hourbeigt, perruque de Cécile Kretschmar, avec Catherine Jacob.

Théâtre de l’Oeuvre, 19 h, tél. : 01 44 53 88 88, jusqu’au 20 décembre. (Durée : 1 h 20).

Photo Dunnara Meas.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.