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Critiques / Théâtre

Ma chanson de Roland d’Ariane Dubillard

par Gilles Costaz

La lettre d’amour d’une fille à son père

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Quand votre père s’appelle Roland Dubillard, vous ne pouvez être comme tout le monde et vous ne pouvez mener la vie de tout le monde. Ariane Dubillard, quelques années après la mort de l’auteur des Diablogues (il s’est éteint en 2011), a eu, en effet, un père extraordinaire, jouant avec les mots et la vie, poursuivant avec l’alcool d’importantes chimères et changeant régulièrement l’existence de sa fille, dont la mère est morte prématurément, au gré de divers chapitres conjugaux. Ariane, qui est actrice et chanteuse, a éprouvé l’envie de rendre hommage à son père, non plus sous la forme d’un cabaret, comme elle l’a fait naguère, mais dans un récit très personnel, entrecoupé de quelques chansons, qu’elle a appelé joliment Ma chanson de Roland. Ce texte, qu’elle joue elle-même, porte les deux fantaisies, celle de Roland et celle d’Ariane : un double gage de réussite.
Le spectacle entremêle les deux itinéraires. Roland cultive son humour absurde dans les théâtres et les cabarets, son alternance de tendresse et de fureur à la maison. Ariane suit des études de chant et de langues orientales, quitte même Roland pour aller enseigner le français à Hong Kong, passe d’un amoureux à un autre. Ils jonglent avec les mots (« Mets ton impermouillable », dit Roland), se donnent des conseils, placent la passion d’être et d’écrire au-dessus des contingences, se séparent pour de longues périodes, jusqu’à ce que Dubillard soit frappé par un accident vasculaire cérébral. L’auteur est désormais dans un fauteuil roulant. Il n’en est pas moins lucide et en mesure d’écrire. Ariane s’occupe de lui, dialogue sans fin avec lui. Mais il y aura une fin, inéluctablement…
Solidement accompagnée à l’accordéon par Sébastien Debard, Ariane Dubillard peut donner libre cours à sa tendresse, sa délicatesse, sa nostalgie, sa drôlerie, sa grâce. Elle s’adresse au disparu en le tutoyant, quand elle n’emploie pas le je et le nous. Elle a cette magnifique formule qui la définit bien : « Le seul endroit où je m’installe définitivement, c’est l’instant. » Sur scène, elle est dans l’instant, épinglant au présent les instants passés, dans une langue qui parle doucement, touche après touche, dans la beauté d’une interprétation livrant des secrets juste entrouverts.

Ma chanson de Roland d’Ariane Dubillard, mise en scène de Michel Bruzat, musiques de Michel Arbatz, Joël Cartigny, Isabelle Serrand, costumes de Dolores Alvez Bruzat, lumières de Franck Roncière, avec Ariane Dubillard et Sébastien Debard (accordéon).

Les Déchargeurs, 21 h 30, tél. : 01 4236 00 50, jusqu’au 15 juin. (Durée : 1 h 15). Texte aux éditions Camino Verde.

Photo DR.

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