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Critiques / Théâtre

Les chatouilles ou la danse de la colère d’Andréa Bescond

par Corinne Denailles

La violence faite aux enfants

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Andréa Bescond a écrit ce spectacle pour se libérer du drame vécu dans l’enfance mais aussi pour alerter sur cette terrible question de la pédocriminalité. A travers l’histoire d’Odette, interprétée initialement par l’auteure, elle raconte comment l’abus sexuel est presque toujours le fait d’un ami de la famille en qui on a toute confiance, comment les parents sont aveugles, ou dans le déni, comment les enfants sont tétanisés par la peur et n’osent pas parler. Odette se sauve grâce à la danse qui lui permettra d’exprimer ce qu’elle n’arrive pas à dire, sa douleur, sa colère, sa tristesse.

Créé en 2014 dans une mise en scène nerveuse et très physique d’Eric Métayer, le spectacle a reçu de nombreux prix dont un Molière en 2016 et deux Césars pour l’adaptation cinématographique. Aujourd’hui Deborah Moreau reprend le rôle avec talent. Sa silhouette sportive accuse la fragilité de la petite fille et en dit la force. Seule en scène, elle joue tous les rôles, passant à la vitesse de la lumière d’un personnage à un autre, chacun caractérisé par un registre vocal, un accent, un geste. Ainsi, la comédienne est Odette à tous les âges, l’ami de la famille, la professeure de danse qu’on imagine vieille demoiselle bienveillante, le copain de dérive, la casquette à l’envers vissée sur la tête qui parle en verlan à trois cents à l’heure, la psychanalyste qui n’est présente qu’à travers les propos d’Odette ou de sa mère, bourgeoise ridicule et froide. Qu’elle danse ou qu’elle joue, la comédienne est traversée par une formidable énergie qui nous entraîne dans le tourbillon de la vie chaotique d’Odette. Avec pour seul accessoire une chaise, elle crée un monde dont le pouvoir d’évocation émeut peut-être plus que les images du film pourtant très réussi. Le choix de la très jolie chanson d’Alvina Lanselle « Petite fille » entre en parfaite résonance avec le spectacle : « petite fille tu te balances, quand tu danses ta robe tourbillonne […] dis-moi pourquoi tu n’es plus là ». Finalement, dans une très jolie scène, l’adulte qu’elle est devenue grâce à la danse, se réconcilie avec l’enfant blessée qu’elle a été et qu’elle avait abandonné pour survivre à sa douleur.
Le contraste entre la légèreté du titre du spectacle et le sujet grave qu’il aborde traduit une sorte de pudeur mais dit aussi combien la force vitale, l’espoir, peuvent ouvrir à la résilience. Tout est juste, sensible et puissant dans le traitement de ce sujet si délicat.

Les Chatouilles ou la danse de la colère d’Andréa Bescond, mise en scène Eric Métayer, avec Déborah Moreau. A Paris, à La Scène libre. Durée : 1h20. Résa : 01 42 38 97 14.
Du mercredi au vendredi à 19h et le samedi à 17h30 jusqu’au 31 octobre.
En novembre, vendredi à 19h, samedi et dimanche à 17h30, les 10 et 12 novembre à 19h.

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