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Critiques / Théâtre

Les Trois Soeurs d’Aleksandar Popovski d’après Tchekhov

par Gilles Costaz

Un admirable spectacle turc

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Une pièce russe, une troupe turque et un metteur en scène macédonien : ces Trois Sœurs, cosmopolites mais typiques d’une troupe d’Istanbul – la compagnie Hayal Perdesi - , se jouent en une heure mais vous donnent autant d’émotion que les longs spectacles stanislavskiens auxquels nous sommes habitués. Ce n’est pas tout à fait la pièce de Tchekhov, mais sa transposition et sa compression dans le moment présent, dans l’instant où vous entrez dans la salle. Aleksandar Popovski a imaginé que trois actrices, qui cherchent à immigrer et qui sont bloquées à une frontière (turques, artistes des Balkans ou de pays défavorisés, du pays qu’on voudra, de partout où il y a du malheur), téléphonent à des théâtres à Berlin pour qu’on les engage. A l’avant-scène, devant un micro, elles vantent en anglais ce qu’elles savent faire, insistent, mais, à l’autre bout du téléphone, personne ne les écoute et ne leur propose le moindre rôle. Dans l’espoir d’être entendues et appréciées par quelqu’un en Occident, elles finissent par jouer, sur une scène cubique placée loin du micro, de larges morceaux des Trois soeurs en turc.
Cette scène est une cage de plastique transparent et déchiré. Elles y font tourner les rêves des personnages tchekhoviens : ce n’est plus à Moscou qu’ils veulent aller, mais à Berlin. Özge Özder, Tuba Karabey et Selin Iscan sont trois personnalités différentes, mais d’une même intensité, d’une même vivacité. Elles sont tendres, animales et si humaines avec tous les songes des créatures terrestres. Souvent blotties l’une contre l’autre, elles ont un jeu très physique qui ne les empêche pas de faire défiler les émotions avec une immédiateté stupéfiante. Avec ces trois jeunes et grandes interprètes, Aleksandar Popovski fait du théâtre pauvre, sauvage, bricolé qui, sur le thème du malheur, donne un rare bonheur.

Les Trois Sœurs d’Aleksandar Popovski d’après Tchekhov, d’Aleksandar Popovski, avec Özge Özder, Tuba Karabey et Selin Iscan. Spectacle surtitré en français.

Le Tremplin, 14 h. Représentations des Trois Sœurs terminées le 17 juillet. La compagnie Hayal Perdesi donne du 20 au 30 juillet Les Bâtisseurs d’empire de Boris Vian.

Photo DR.

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2 Messages

  • Bonjour,

    Article qui donne envie de voir le spectacle.
    Cependant, quelque chose m’interpelle, qu’entendez-vous par théâtre pauvre, bricolé ?

    Bien cordialement,

    Bengali

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    • Les Trois Soeurs d’Aleksandar Popovski d’après Tchekhov 19 juillet 2016 10:53, par Gilles Costaz

      Bonjour. "Pauvre, bricolé" : cela veut dire fait avec rien, sans moyens importants, monté avec des bouts de ficelle, en opposant la simplicité, l’imagination d’une petite production à la richesse des moyens généralement en usage dans les grosses productions, pour être aussi fort que les grandes équipes avec un art minimal et une esthétique un peu provocatrice qui ne joue pas sur l’élégance et renvoie à la pauvreté des milieux et des artistes défavorisés.
      Bien à vous,
      GC

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