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Critiques / Théâtre

Les Rivaux de Richard Sheridan

par Gilles Costaz

Quiproquos à l’anglaise

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C’est un classique pour les Anglais, c’est une pièce quasi inconnue pour nous. Anne-Marie Lazarini, à la tête de l’Artistic, a l’idée audacieuse de faire connaître ces Rivaux dans une version française allégée mais savoureuse de Sylviane Bernard-Gresh et Frédrique Lazarini (voir l’entretien avec Anne-Marie Lazarini et Sylviane Bernard-Gresh, Webtheatre, 2 mars 2019). Est-ce aussi beau qu’un Marivaux ou qu’un Lesage, puisque Richard Brinsley Sheridan est un auteur du XVIIIe siècle ? C’est un peu moins chargé de sous-entendus, plus excentrique dans l’enchaînement des événements. Se souvenant de sa propre vie (pourtant, il n’a alors que 24 ans), Sheridan propulse, à l’intérieur de la station balnéaire de Bath, un personnage qui lui ressemble dans une série de quiproquos. Amoureux d’une jeune fille qui n’aime pas les hommes installés en haut de l’échelle sociale, un capitaine décide de se faire passer pour un simple soldat. Ainsi conquiert-il la jeune contestataire mais ce mensonge multiplie les incidents, chaque personnage prenant l’autre pour ce qu’il n’est pas.
L’on est en présence d’une belle curiosité, plus que d’un chef-d’œuvre ignoré (l’œuvre majeure de Sheridan reste certainement L’Ecole de la médisance, qu’on finira bien par voir un jour). Anne-Marie Lazarini monte ces Rivaux comme une série de scènes à la fois détachées l’une des autres et liées par une intrigue foisonnante que l’on a simplifiée autant qu’il est possible. Le spectacle a quelque chose d’une anthologie, même si l’on ne perd rien de la trame principale. Le décor de François Cabanat permet des sauts rapides d’une rencontre à l’autre ; il est fait de très beaux rideaux peints qui illustrent les principaux lieux de l’action. Les acteurs sont, pour la plupart, des fidèles de l’Artistic. Il y a là comme une ritournelle de ce chaleureux théâtre où reviennent Cédric Colas, vif et joyeux dans le rôle central, Alix Bénézech, toute en passion drôle et plaisante dans le rôle de la jeune fille, Marc Schapira, si amusant en mesquin personnage, Philippe Lebas, complexe avec malignité, Catherine Salviat, épatante en Mrs Malaprop (la sentencieuse ridicule qui dit un mot pour un autre), Thomas Le Douarec, jouant avec humour de la solennité, Bernard Malaterre, tirant d’autres notes dans un jeu plus réservé. Bien servi également par Sylvie Pascaud, Willy Maupetit et Charlotte Durand-Raucher, le spectacle se déguste comme une fête de la comédie, avec un arrière-plan historique qui vous invite à découvrir l’un des chaînons manquants du théâtre rieur.

Les Rivaux, une comédie de Richard Brinsley Sheridan, traduction et adaptation de Sylviane Bernard-Gresh et Frédérique Lazarini, mise en scène Anne-Marie Lazarini, assistanat de Cyril Givort, décor, peintures et lumières de François Cabanat, costumes de Dominique Bourde, musique de Samuel Sené, avec Alix Bénézech, Cédric Colas, Charlotte Durand-Raucher, Philippe Lebas, Thomas Le Douarec, Bernard Malaterre, Willy Maupetit, Sylvie Pascaud, Catherine Salviat, Marc Schapira.

L’Artistic Théâtre 45 bis, rue Richard Lenoir 75011 Paris, 01 43 56 38 32, à partir du 5 mars.

Photo Marie Duhamel.

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