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Critiques / Théâtre

Les Préjugés de Marilyn Mattéi et Marivaux

par Gilles Costaz

AVIGNON OFF - Fausses nouvelles et fake news

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Tout part de Marivaux. Si on écrivait du Marivaux d’aujourd’hui, non pas en lepastichant mais dans une forme moderne qui refuse la copie ? La compagnie Rêve général ! de Marie Normand a commandé une pièce d’une longueur de lever de rideau – plus de 30 minutes – à Marilyn Mattei, à écrire dans cet esprit, pour la créer en miroir avec Le Préjugé vaincu. Voilà qui a éfé fait : Fake, comme fausse nouvelle, précède la pièce classique. Dans Fake, de jeunes étudiants – on est dans une sorte de collège sur lequel l’auteure reste imprécise – reçoivent et envoient sur leurs portables des nouvelles sur qui plaît à qui et sur qui a une aventure avec qui. Les malentendus provoqués par ces informations fausses, écrites dans des accès d’humeur et de jalousie, engendrent des malentendus, jusqu’à ce que l’amour en triomphe. Dans Le Préjugé vaincu, un père noble promet un mariage à sa fille dans l’espoir qu’elle révèlera l’amour qu’elle porte à un autre. Dans chacun de ces actes, la manipulation est à l’oeuvre.
Avec sa double mise en scène colorée, vive,, bourrée d’idées, dans un décor qui se transforme comme un jeu de cubes, Marie Normand réussit son pari qui est de faire aimer dans le même mouvement deux textes écrits selon une même inspiration mais dans deux styles séparés par près de trois siècles. Mais la vraie découverte est celle d’une auteure, Marilyn Mattei, au langage lapidaire qui, dans sa brièveté allusive, exprime bien des choses sans le moindre discours. C’est d’un condensé et d’une rapidité remarquables. En face, Marivaux surprend moins : on connaît tellement son génie, allusif aussi, mais plus riche de mots. Des interprètes très doués, Ulysse Barbry, Bruno Dubois, Martin Lenzoni, Clotilde Maurin et Apolline Roy, allient l’agilité et la sensibilité sur ces deux versants de l’écriture, mais sont peut-être encore meilleurs dans le premier volet, au service de cette langue si proche du sms et pourtant si écrite, qui est celle de Marilyn Mattéi. Le diptyque est sans cesse plaisant, posé sur ce qui nous réunit et nous sépare de l’art d’aimer, de berner et d’écrire au XVIIIe siècle.

Les Préjugés : Fake de Marilyn Mattei et Le Préjugé vaincu de Marivaux, mise en scène de Marie Normand, mise en mouvement de Claire Richard, costumes et scénographie de Sarah Dupont, avec Ulysse Barbry, Bruno Dubois, Martin Lenzoni, Clotilde Maurin, Apolline Roy.

Avignon Off, Caserne des pompiers, 17 h 15, jusqu’au 23 juillet. (Durée : 1 h 25).

Photo V. Jamis.

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