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Critiques / Opéra & Classique

Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet

par Caroline Alexander

Rien qu’une histoire d’amour….

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Adieu l’exotisme de bande dessinées, exit l’orientalisme de contes de pacotille avec leurs costumes drapés, leurs coiffures en échafaudage et leurs paysages d’un ailleurs littéraire… L’île de Ceylan où Bizet (1838-1875) situe son déjà troisième opéra composé à l’âge 24 ans n’existe que dans son imagination.

Sur scène depuis sa création en 1863 au Théâtre Lyrique, puis à l’Opéra Comique en 1893, on le pare le plus souvent d’un déluge de fantaisies. Récemment Vincent Boussard à Strasbourg, Yoshi Oida à Paris avaient en vain tenté de les renouveler (voir WT 3346 et 3749 des 21 juin 2012 et 27 mai 2013)

A l’Opéra National de Lorraine de Nancy, Emmanuelle Bastet fait table rase de toutes les fioritures qui d’habitude encombrent son histoire – sans relief, son livret frôle l’indigence – et sa musique déjà riche des promesses qui s’épanouiront, douze ans plus tard, dans cette Carmen, devenue mythique, dont son compositeur, foudroyé par une crise cardiaque, ne soupçonnera jamais le futur et universel rayonnement.

Une île …. Nue, aux troncs émaciés garnis de banquettes suspendues (en usage au Sri Lanka paraît-il). Des pauvres hères vêtus de hardes ramassent sur le sol de la plage les objets qu’un navire naufragé (bombardé ?) aurait peut-être évacués … Sur le sol en pente inclinée des vagues d’eau déferlent en silence… En fond de scène, un écran s’entrouvre et se referme sur les couleurs du ciel, des étoiles et du feu… Ici les pêcheurs de perles en perdition de guerre, ne font rien d’autre qu’encadrer une grande histoire d’amour même si Nourabad, leur prêtre est transformé en guérillero armé d’une kalachnikov. Zurga, leur chef musclé, en jean et marcel chiffonné, fait régner l’ordre jusqu’à ce que Nadir, son ami de toujours découvre que, Leila, la vierge appelée pour exaucer leurs vœux de paix par ses prières, est la femme qu’il a toujours aimée et qui l’aime en retour. Et que Zurga aime également d’un amour jaloux qui deviendra vengeur.

« Oui c’est elle, c’est la déesse… » « Je crois entendre encore, caché sous les palmiers… », « Au fond du temple saint… » « O Nadir, tendre ami… » : Bizet brasse les grands sentiments et les traduit par de grands airs et duos qui depuis longtemps se sont ancrés dans les oreilles. Presque des rengaines que nos grands-parents fredonnaient peut-être en se brossant les dents.

Belle distribution

Pour nous les remettre en mémoire vive, Nancy a réuni une belle distribution. Au soir de la première le baryton Jean-François Lapointe, tenant du rôle de Zurga, souffrait d’une bronchite qui fut annoncée au public. En cas de pépin, une « doublure » – Julien Véronèse – se tenait prêt en coulisses à accourir au secours. Il put se tenir tranquille. Le québécois Lapointe, après un démarrage un rien – petit rien – encombré, trouva toutes les ressources pour la crédibilité de son si sombre personnage. Diction perlée, graves en équilibre et jeu habité, il fut un Zurga à la hauteur de l’enjeu. L’ami Nadir, l’heureux élu, trouva en Edgardo Rocha, ténor uruguayen, un amoureux aux aigus légers, sans large amplitude mais au timbre gorgé d’émotion. La basse Jean Teitgen militarise le prêtre Nourabad en tranchant à sec sa voix d’ébène. Leila, quant à elle, s’est fondue et confondue dans la grâce, la fragilité, l’élégance de la toute jeune Vannina Santoni, soprano lyrique, aux vocalises aériennes où les suraigus atteignent (presque) des cimes.

Précision et vigueur, les labels bien tempérés du maestro Rani Calderon, emportent l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy dans les méandres et recoins de la musique de Bizet tandis que les chœurs maison soutenus par ceux de l’Opéra-Théâtre de Metz, après quelques menus décalages - qui depuis la première ont dû s’ajuster - consacrent leurs nuances et leurs couleurs.

Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet, livret de Michel Carré et Eugène Cormon. Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Rani Calderon, chœurs de l’Opéra National de Lorraine et de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, chefs de chœurs Marion Powell et Nathalie Marmeuse, mise en scène Emmanuelle Bastet, scénographie et costumes Tim Northam, lumières François Thouret. Avec Vannina Santoni, Edgardo Rocha, Jean-François Lapointe, Jean Teitgen.

Opéra de Nancy les 3, 6, 10, 12 mai à 20h, le 8 à 15h

03 83 85 33 11 – www.opera-national-lorraine.fr

Photos : Opéra National de Lorraine

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