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Critiques / Théâtre

Les Mille et une Lunes de Prisca Lona

par Gilles Costaz

Confidences de la nuit

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Qu’on s’adresse à la lune, voilà qui est assez courant, depuis Cyrano de Bergerac (le vrai, celui qui a inspiré Rostand) et les comptines qu’on apprend dans l’enfance. Mais le thème peut être renouvelé. C’est ce qu’entreprend la comédienne-auteur Prisca Lona dans Mille et Une Lunes, dont la première version, créée au Téo Théâtre, s’intitulait Clic & Déclic. Elle incarne un double d’elle-même, une femme qui, à l’écart des autres, dans la nuit, parle à l’astre brillant en croissants et en cercles. Il y a mille et une lunes, il y a mille et un mots. Le monologue glisse d’un vocable à l’autre. La souris d’ordinateur devient souris puis rat, puis poisson. Les images verbales défilent. En jonglant avec le vocabulaire, de « clic » en « croche », la femme exprime sa singularité. Elle n’est pas comme les autres qui « regardent la vie derrière une vitre » et qui « ont l’air d’aimer ça ». Elle aime dire à l’astre lunaire qu’elle a sa propre conception de la beauté, de l’amour, de la vie. Elle se confie un peu, elle se raconte un peu. Très peu ! Elle se cache sous l’éclat de ses formules. Elle s’élève au-dessus de la terre pour « prendre un bol d’étoiles » avec la lune…
Prisca Lona aime les glissades lexicales, dans la tradition française et francophone d’un Devos ou d’un Sol. Il y a là une grande joliesse d’écriture et, sous la joliesse, de la tristesse, de la colère ou plutôt du défi. La présence de l’actrice est forte, servie par un esprit de métamorphose – avec les rôles donnés à une perruque, des lunettes noires et un léger changement de costume – que distille la mise en scène d’Alexandre Tchobaloff toute tournée vers l’âme du texte et de l’interprète. La chanson intervient, qui va du standard américain aux Feuilles mortes de Prévert-Kosma, pour mieux traverser les diverses couleurs de la nuit. La voix de Prisca Lona est joueuse et puissante. Tchobanoff ouvre et ferme le diaphragme, en agrandissant ou en resserrant un espace où s’insinuent les mythologies modernes de la lune. Cette passante nocturne existe fort de par le trouble de ses dires et de sa vivante immobilité.

Mille et une Lunes de Prisca Lona, mise en scène d’Alexandre Tchobanoff. Créé au Téo Théâtre. Reprise prévue à la rentrée. Théâtre de demain, dirigé par Alexandre Tchobanoff : letheatrededemain gmail.com

Photo DR.

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