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Critiques / Théâtre

Les Journées théâtrales de Carthage

par Gilles Costaz

Un festival international où notre coup de coeur a été espagnol

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Les Journées théâtrales de Carthage (en réalité de Tunis, le festival se recentrant dans la capitale et se décentralisant parfois à Carthage ou dans d’autres villes de Tunisie) ont atteint leur vingtième année. C’était du 8 au 16 décembre, dans un climat passionné et au coeur de la vitalité d’une capitale où la jeunesse et particulièrement la jeunesse féminine occupent parfois la rue avec une belle exubérance. Les spectacles sont très nombreux, venant du monde entier, donnés seulement un ou deux soirs. De grands colloques y sont lieu. Abdelhamin Messaouadi, notamment, a conçu la rencontre autour de l’écriture et de la mise en scène à l’ère du théâtre « post-dramatique » : les débats y ont été enflammés Le Français Gérard Astor y a affirmé d’une voix douce mais convaincue que vouloir la mort de l’auteur et du texte revient à mettre à mort la démocratie. Adel Habbassi a été virtuose dans la traduction de certains échanges difficiles ou virulents.
Du côté des pièces, si l’on en reste à la France, l’œuvre de Gérard Astor, Rouge Rouges, a fait l’objet d’une représentation partielle, jouée par Luciano Travaglino et Félicie Fabre, dans une mise en scène de Fanny Travaglino : cette pièce, à l’écriture sensible et complexe, traite de l’idée de révolution et parcourt divers événements du siècle passé et d’aujourd’hui. Elle traite aussi des mouvements revendicatifs en Tunisie. Les fragments donnés augurent bien d’un spectacle qui sera représenté dans sa version intégrale au théâtre Jean Vilar, à Vitry-sur-Seine, les 27 et 28 janvier. Comme la création se fait en collaboration avec des structures tunisiennes de Tunis et du Kef, l’Institut français de Tunis a apporté son soutien ; l’ambassadeur lui-même, Olivier Poivre d’Arvor, a favorisé et soutenu le projet. Parmi les productions tunisiennes, Ré… Existence, spectacle chorégraphique de Nawel Skandrani, s’est affirmée comme le triomphe du corps, des figures et du geste face au dogmatisme et à l’effacement religieux de l’être humain. Très musical (composition et chant en direct de Jawhar Basti), accompagné de vidéos (qui manquent un peu de visibilité), le ballet évolue avec une grande liberté et dans une bele ampleur dans la maîtrise du plateau et du récit.
Un enchantement total s’est produit avec un spectacle venu d’Espagne, Genoma B, mis en scène par Angeles Vasquez et Antonio Moreno. Ces metteurs en scène et leurs interprètes – cinq comédiennes et un musicien-chanteur – n’ont pas eu peur de retranscrire La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca. Ils ont enlevé toutes les paroles (il faut oser ! ) et créé une sorte de spectacle flamenco et burlesque qui est autant du cirque que du théâtre. Les comédiennes, Irene Acereda, Noemí Martínez Chico, Sandra Carrasco, ,Ana Esteban et Vivian Friedrich ont la souplesse rythmée des danseuses et la maîtrise des circassiennes (elles utilisent beaucoup de tubulures : tabourets, grands anneaux), avec de beaux visages mobiles qui disent autant la douleur qu’une malice générant des rires multiples. Le chanteur José Maria Benavides fait crépiter un feu mi-comique mi-tragique, accompagné par Carlos Torres. Cette fête traversée d’instants sombres viendra au prochain festival d’Avignon, au Girasole.

Journées théâtrales de Carthage, Tunis, www. jtc.th.

Photo DR.

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