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Critiques / Théâtre

Les Femmes savantes de Molière

par Gilles Costaz

Scènes de la vie bourgeoise

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Les artistes femmes aiment bien se colleter aux Femmes savantes, alors même que la pièce semble bel et bien s’en prendre méchamment aux bourgeoises et aux filles de famille qui ne veulent pas prendre la place de l’épouse obéissante dans le mariage et tiennent à s’emparer de la culture réservée aux hommes. Jadis, Catherine Hiegel essaya de faire dire à la pièce ce qu’elle ne disait pas. Récemment, Macha Makeïeff en a fait un très amusant bric-à-brac sur la science où l’on se préoccupait plus guère du conflit des sexes. Aujourd’hui, Elisabeth Chailloux se montre la plus proche de Molière, en laissant au texte sa misogynie relative et partielle. Car elle donne à la satire sa force de mise en cause généralisée des conventions sociales.
Le premier plaisir que s’accorde le metteur en scène, c’est de changer d’époque. Nous voici dans les années 60 et 70. Le rock à Billy arrive, on chante aussi bien Leny Escudero (Pour une amourette) que Bang Bang de Nancy Sinatra. Les femmes « s’éclatent » par le rock, pour les plus jeunes, et par le maniement des mots et des notions pour celles qui sont dans la vie active - Philaminte et Armande tapent à la machine. Ce traitement est tout à fait joyeux. En costumes cravate, les hommes sont moins hauts en couleur et Trissotin n’est qu’un pâle combinard. Elisabeth Chailloux évite de trop s’appuyer sur le rock pour donner du rythme. Elle laisse à la comédie bourgeoise le temps de se développer dans ses contradictions et ses oppositions larvées ou musclées. Il y a beaucoup d’idées, de gags comme ce tableau noir où apparaissent les mots à bannir parce qu’ils contiennent des syllabes inconvenantes !
Peut-être y a-t-il encore un problème de vitesse à accélérer dans le quatrième acte. Peut-être les costumes auraient-ils gagné à être moins neutres (mais c’est pour nous faire la surprise d’un saut dans le temps au dernier acte, avec un vêtement d’un autre siècle sur les épaules du dernier personnage à entrer en scène). Mais notre rire est constant, qui n’est pas sec, méchant, mais, au contraire, bienveillant, indulgent, familial, familier. La scénographie d’Yves Collet sert parfaitement le propos : elle donne à voir les différents lieux de la maison bourgeoise, avec différents plans et des rideaux translucides. C’est une belle mise en place géométrique et plastique qui, au passage, se moque de ces braves gens empesés, avec leurs chaises toujours en ligne droite !
Camille Grandville est une Philaminte de haut vol, qui tourne le dos à la tradition : elle joue une femme du peuple jouant les mondaines sans jamais être ce qu’elle voudrait être et en restant la plébéienne touchante qu’elle est. Bénédicte Choisnet (Henriette) et Pauline Huruguen (Armande) ont une énergie bien calculée et deux caractères subtilement opposés. Lison Pennec crée joliment une domestique différente des habituelles servantes de Molière, gouailleuse, prolétaire. Anthony Audoux illustre bien la jeunesse amoureuse, bien qu’on le fasse parler – juste le temps d’un passage revendicatif - d’une façon trop véhémente, trop signifiante. Florent Guyot et Philipe Cherdel savent être aussi bien des canailles que François Lequesne et Etienne Coquereau de bons bourgeois. Catherine Morlot donne de l’élégance aux ridicules de Bélise la coquette hors d’âge. Ce qui est beau, c’est que les personnages de Molière nous parlent plus que son message explicite. On s’en fiche de la morale, on ne l’écoute pas. On rit, en aimant également les hommes et les femmes de la pièce.

Les Femmes savantes de Molière, mise en scène d’Elisabeth Chailloux, scénographie et lumière d’Yves Collet, costumes de Dominique Rocher, son de Madame Miniature,
maquillages de
Nathy Polak, avec Anthony Audoux, Philippe Cherdel, Bénédicte Choisnet, Etienne Coquereau, Camille Grandville, Florent Guyot, Pauline Huruguen, François Lequesne, Catherine Morlot, Lison Pennec.

Théâtre des Quartiers d’Ivry, salle Antoine Vitez, tél. : 01 43 90 11 11, jusqu’au 31 janvier. (Durée : 2 h 10).

Photo Alain Richard.

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