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Critiques / Théâtre

Les Fausses confidences de Marivaux

par Gilles Costaz

Grain de folie à l’américaine

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Marivaux sied bien à Luc Bondy. Il nous avait donné une Seconde Surprise de l’amour de toute beauté, avec Clotilde Hesme, Micha Lescot et Pascal Bongard, du temps où il ne dirigeait pas de théâtre à Paris. Avec Les Fausses confidences, il revient à l’un de ses auteurs préférés à présent qu’il dirige l’Odéon. Et de nouveau l’accord se fait. Incendie amoureux chez une jeune femme, manipulation des sentiments, tergiversation entre l’appel de l’amour et l’attachement à ses biens et à sa caste : tout Marivaux est dans cette rencontre entre une veuve toujours dans la beauté de l’âge et un jeune intendant, Dorante, décidé à la séduire par lui-même et aussi par des stratagèmes confiés à un ami aux calculs retors. La veuve, qui s’appelle Araminte, envisage d’épouser le comte qui possède la maison voisine, de façon à régler ainsi le litige sur la frontière entre les deux domaines : voilà à quoi sert le mariage ! Mais la malice et la beauté du jeune homme vont faire triompher le sentiment amoureux – qui se met vite à crépiter dans le cœur d’Araminte. L’opposition de la famille n’y pourra rien. Araminte la rêveuse et Dorante le silencieux convoleront en justes noces.

En transposant l’action aujourd’hui, Bondy trace inévitablement un tableau politique. Oh ! Elle n’est pas belle, notre grande bourgeoisie qui fait ses comptes et craint pour ses stratégies de profits ! Ce n’est plus l’aristocratie de Marivaux, mais la classe possédante d’à présent. Cela dit, Bondy n’insiste pas. Il s’amuse et il trouve le trait léger qui rend l’estampe toujours plaisante et la fantaisie plus omniprésente que la mise en relief de significations cachées. Il s’amuse donc : sa veuve, jouée par Isabelle Huppert, est alcoolique et fumeuse. Elle glisse vers l’amour dans une envie de gaieté plus que dans un accès passionnel. L’actrice est formidable : Huppert va s’emballant dans des tenues différentes qui changent sa démarche et ses humeurs. Face à elle, Louis Garrel s’enferme dans l’immobilité et le mutisme, en séducteur sûr de sa séduction. Yves Jacques joue le manipulateur sournois avec un don éclatant des nuances. Bulle Ogier, qu’on n’avait jamais vue ainsi, incarne la mère intraitable et ridicule dans une drôlerie irrésistible. Jean-Damien Barbin compose un Arlequin complexe et mystérieux. Manon Combes est la pauvre et désillusionnée Marton avec flamme. Bernard Verley et Jean-Pierre Malo incarnent la bourgeoisie possédante sans jamais forcer le trait.

Au final, Bondy pousse la comédie de Marivaux vers la comédie américaine, avec un grain de folie dans le jeu d’Isabelle Huppert, de ses partenaires et du décor agité lui aussi de la danse de saint Guy. C’est follement juste et gai.

Les Fausses Confidences de Marivaux, mise en scène de Luc Bondy.
conseiller artistique Geoffrey Layton, 
conseiller dramaturgique Jean Jourdheuil
, 
décor de Johannes Schütz, 
costumes de Moidele Bickel, lumières de Dominique Bruguière
, 
musique originale de Martin Schütz, avec Isabelle Huppert, Jean-Damien Barbin, Manon Combes, Louis Garrel, Yves Jacques, Sylvain Levitte, Jean-Pierre Malo, Bulle Ogier, Bernard Verley, Georges Fatna, Arnaud Mattlinger. Durée 2h10

Odéon-Théâtre de l’Europe, tél. : 01 44 85 40 40, jusqu’au 23 mars. Puis en tournée : Lyon, Célestins (2-12 avril), Rennes, TNB, 14-23 mai.

Photos Pascal Victor

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