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Critiques / Théâtre

Les Enfants du silence de Mark Medoff

par Gilles Costaz

Les mots et les signes

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Dans une institution américaine pour mal-entendants, l’un des enseignants, orthophoniste chargé d’apprendre aux sourds à dépasser la langue des signes et à pratiquer la langue parlée, tombe amoureux de l’une de ses patientes. Celle-ci est de caractère rebelle ; elle a accepté fièrement les difficiles fonctions de femme de ménage et, bien qu’elle réponde à l’amour du professeur, elle refuse d’entrer dans le monde de la parole. L’amour peut-il résister à l’incompréhension qui se creuse entre eux ? La jeune femme refuse un langage qu’elle perçoit comme un moyen de communication inutile et qui ne la concerne pas.
La pièce de Mark Medoff a eu un grand retentissement quand elle a été créée en France par Emmanuelle Laborit et Jean Dalric il y a plus de vingts ans, puis quand elle a été portée à l’écran. On découvrait alors un univers peu abordé par le spectacle et les médias. En l’inscrivant à son programme, la Comédie-Française fait preuve d’une attention aux problèmes de société dont elle n’est pas coutumière. Monter ce spectacle a exigé une longue préparation et un travail très particulier. Tous les comédiens engagés devaient avoir appris et maîtrisé la langue des signes. C’est donc un exploit généreux, à prendre comme tel, en dépit de la contestation d’une association de comédiens mal-entendants qui a regretté publiquement que certains rôles de la pièce ne leur aient pas été confiés – une réaction compréhensible, mais qui ignore le geste d’attention et d’ouverture que représente cette création à la Comédie-Française. Les acteurs ont en effet consacré des mois entiers à apprendre la langue des signes !
A l’aide de décors très simples, fonctionnels et colorés, Anne-Marie Etienne fait glisser sans heurts les scènes d’un lieu à l’autre. Derrière le va-et-vient très quotidien des personnages – ils passent comme on défile dans un hall, dans une école -, elle donne à un texte très touchant et un peu longuet sa fluidité et sa vérité profonde. Françoise Gillard nous étonnera toujours. A peine sortie d’un spectacle de danse qu’elle avait conçu et qu’elle interprétait (L’Autre), elle joue le rôle principal des Enfants du silence d’une façon totalement séduisante, dans un mélange magnifique de tendresse et d’âpreté. Dans le personnage de l’enseignant, Laurent Natrella accomplit une prestation marquante : il exprime avec un art vif et complexe les contradictions d’un homme divisé, déchiré et pourtant emporté par un amour peut-être impossible. Catherine Salviat et Alain Lenglet incarnent la dangereuse sagesse de ceux qui ne souffrent pas de la privation d’un sens capital mais croient savoir. Anna Cervinka et Elliot Jenicot composent des malentendants qui parviennent à parler sur des tonalités décalés. Ils sont tous très justes. On pénètre dans le monde et l’âme des mal-entendants au Vieux-Colombier.

Les Enfants du silence de Mark Medoff, adaptation française de Jean Dalric et Jacques Collard, mise en scène d’Anne-Marie Etienne, décor de Dominique Schmitt, costumes de Florence Emir, lumières de Laurent Béal, son et musique de François Peyrony, avec Catherine Salviat, Alain Langlet, François Gillard, Laurent Natrella, Nicolas Lormeau, Elliot Jenicot, Anna Cervinka.

Vieux-Colombier, tél. : 01 44 39 87 00 01, jusqu’au 17 mai. (Durée : 1 h55 ).

Photo Mirco Cosimo Magliocca.

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