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Critiques / Théâtre

Les Carnets de Camus

par Gilles Costaz

Une inquiétude lumineuse

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L’homme qui parle dans une pièce à peu près vide ne ressemble pas à Camus. Veste beige, chemise blanche, cravate sombre, c’est quand même Camus, mais, dans une tenue d’été, dans l’attitude de quelqu’un qui est chez lui, prêt à recevoir un visiteur mais, dans l’instant, replié sur lui-même et les questions qui le traversent, voilà un Camus réinventé, recréé par un acteur, Stéphane Olivié-Bisson. Rien à voir, donc, avec les personnages de La Peste ou de La Chute, tels qu’on a pu les voir transposés au théâtre. Là, l’auteur parle de lui-même, de son œuvre, du monde où il vit. Il dit combien sa relation avec sa femme s’est inversée et n’est plus porteuse d’amour. Il dit sa solitude, son fond de tristesse qui ne le quitte jamais et progresse violemment à certains moments, il commente ce qu’il lit ans les journaux (ah ! Il n’aime pas qu’un livre de Beauvoir ait eu le Goncourt !) ou ce qu’il est en train d’observer (ah ! les Italiens, ils ne sont pas maussades comme nous, les Français !), il se souvient de son enfance algérienne – et sa mère, qui est là, trouve que la Provence, c’est bien, mais hélas ! sans Arabes… Même au moment où on lui décerne le prix Nobel, il n’éprouve pas une joie entière, tant un sentiment d’insuccès l’enveloppe. Il se bat néanmoins et se sent plus heureux à 47 ans, ne pouvant savoir qu’un accident mortel l’attend dans les jours qui viennent.
Ce spectacle, tiré des Carnets qui couvrent les années 1935-1960, fait entendre un Camus moins connu. Surtout, il suit le fil d’une inquiétude lumineuse, parcourant la vie personnelle et la vie littéraire, sans privilégier l’une ou l’autre. Bénéficiant des conseils artistiques de Bruno Putzulu, Stéphane Olivié-Bisson fait preuve à tout moment d’un discret jeu original, mi-direct mi-indirect, mi-ouvert mi-intérieur, qu’accompagne une voix forte et claire. Il suffit de quelques facettes de Camus, si bien saisies dans un théâtre ample et miniature, pour que soit là tout Camus, ce Camus dont nous aimons qu’il nous accompagne encore et toujours.

Les Carnets de Camus d’après Carnets de Camus (Gallimard), mise en scène et interprétation de Stéphane Olivié-Bisson, collaboration artistique de Bruno Putzulu, lumières de Frank Thévenon, musique d’Eric Capone, costumes de Nancy Sanchez, vidéo d’Emma Champy et Emilie Leprêtre.

Lucernaire, 19 h, tl. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 4 mai. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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