Les 8 9 | 11 12 13 | 15 16 17 18 | 20 21 22 23 juillet au Festival d’Avignon In, à 22h, à la Maison Jean Vilar - Jardin de la rue de Mons.
Le deuil sied à Électre d’après Eugène O’Neill, traduction Louis-Charles Sirjacq (L’Arche éditeur), adaptation, mise en scène et scénographie Gwenaël Morin.
Descendre dans des abîmes intérieurs funestes pour renaître peut-être.

« Dans Le deuil sied à Electre, c’est l’aristocratie américaine, les Seigneurs du Nord, rigides et fermés, qui entrent en scène. La pièce a été élaborée, et en grande partie composée, au Château du Plessis en Touraine où O’Neill s’était installé avec sa femme Carlotta au début de 1929. Inspiré par la trilogie de L’Orestie d’Eschyle, l’auteur implante la pièce dans la Nouvelle Angleterre durant la Guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage.
Le deuil sied à Electre sonne comme un glas. Le dramaturge a su l’imprégner de la terreur tragique. Mais les éléments classiques de la tragédie - responsabilité humaine, faute tragique et catharsis - sont remplacés par une analyse psychologique des personnages. Et c’est la lumière impitoyable qu’il projette sur le mécanisme des obsessions et des insatisfactions de ses personnages qui donne à cette oeuvre sa force funeste. » (Le deuil sied à Electre d’Eugène O’Neill, traduction de Louis-Charles Sirjacq, L’Arche).
L’auteur commence son existence par ce qu’il appellera son école de vie : il se fait marin, embarque sur des cargos mauvais, vit dans les quartiers du port de Buenos Aires, de Liverpool et de New York. Il connaît les affres de l’alcool, tente de se suicider, et est atteint de tuberculose. C’est dans un sanatorium du Connecticut qu’il entame, à l’âge de vingt-quatre ans, ce qu’il appelle sa renaissance : il commence à écrire des pièces de théâtre. Ouf !
Le spectacle de Gwenaël Morin s’est installé avec bonheur dans le Jardin de la rue de Mons, sous les arbres tutélaires et l’immensité du ciel étoilé, lieu de l’ancien bureau de presse du Festival d’Avignon, avant que celui-ci n’élise domicile au Cloître Saint-Louis. Le Jardin représente ainsi l’extérieur boisé et fleuri de la maison des Mannon en Nouvelle-Angleterre vers 1865/1870.
Maison bourgeoise et de maître, s’il en est, du Général autoritaire de Brigade Ezra Mannon, de sa femme Christine, de leur fille Lavinia (Electre), et de leur fils Orin (Oreste). Sont familiers de ces lieux privilégiés quoique désolés et maussades à présent, Peter Niles (Fabien-Aïssa Busetta), Capitaine d’artillerie et sa soeur Hazel Niles (Kady Duffy). Un intrus aussi dans les lieux, le bâtard Adam Briant, capitaine de marine du « Flying Trade ».
Ajoutons - ce qui met du jeu et de l’ironie dans le propos - que le père Mannon, et son fils et le jeune intrus qui voudrait venger sa mère répudiée, sont interprétés par le même Grégoire Monsaingeon, vif, spirituel, portrait vivant de ces figures masculines dites nobles, quand bien mêmes elles seraient en perdition. L’homme de main et l’intendant du domaine, enclin à la boisson et qui chante des chansons de loup de mer, le souffleur aussi, est joué avec une rigueur amusée par Julian Eggerickx, fidèle de Gwenaël Morin.
Les scènes de crise sont essentielles pour le metteur en scène, quand le drame bascule - O’Neill est féru de psychanalyse freudienne alors naissante. Jouant de la proximité anglaise entre les mots mourning (deuil) et morning (matin), il s’interroge sur le deuil - la promesse secrète d’une aube à venir.
Les conflits dans le cadre familial éclatent, la mère, le père, le fils, la fille et l’amant de la fille qui est aussi l’amant de la mère. Ces scènes sont révélatrices d’un malaise et d’un mal-être, de frustrations et d’insatisfactions. Et le deuil, seuil ultime du chagrin et de la souffrance existentielle, est envisagé comme seuil d’un monde à venir à la dimension transformatrice.
Les relations familiales sont tumultueuses : mère et fille, rivales, se haïssent ouvertement et sans ambages - amertume profonde et postures de défi. La mère implacable est interprétée par l’art du théâtre de Virginie Colemyn, brillante tragédienne dans l’âme, entre mauvaise foi et ironie. Sa parole décidée fuse, parlant tel un rare oracle dispensateur de terreur et d’effroi.
Telle mère telle fille, et celle-ci - Barbara Jung - suit de près son aînée grâce à une présence scénique lumineuse, rebelle, intransigeante, radicale. Toutes deux sont le spectacle à l’intérieur du spectacle - le théâtre dans le théâtre - face à Peter, à Hazel, à l’intendant et à tous les hommes de la maison.
Une représentation intense, un échange de jeu de balles particulièrement alerte, qui réveille une oeuvre littéraire éloquente - sous-bassement de la condition fragile d’être au monde et qui peut aussi renaître de ses cendres.
Le deuil sied à Électre d’après Eugène O’Neill, avec Fabien-Aïssa Busetta, Virginie Colemyn, Kady Duffy, Julian Eggerickx, Barbara Jung, Grégoire Monsaingeon, traduction Louis-Charles Sirjacq (L’Arche éditeur), adaptation, mise en scène et scénographie Gwenaël Morin, lumières Philippe Gladieux, assistanat à la mise en scène Canelle Breymayer. Les 8 9 | 11 12 13 | 15 16 17 18 | 20 21 22 23 juillet au Festival d’Avignon In, à 22h, à la Maison Jean Vilar - Jardin de la rue de Mons. Du 13 au 15 octobre 2026 Théâtre Olympia – CDN de Tours. Du 04 au 10 décembre 2026 Commune - CDN d’Aubervilliers. Du 19 au 22 janvier 2027 puis du 26 au 29 janvier 2027 TNBA - CDN de Bordeaux. Du 23 au 26 mars 2027 Bonlieu - scène nationale d’Annecy. Du 9 au 13 novembre 2027 Théâtre Les Célestins, Lyon.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.



