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Critiques / Opéra & Classique

Le chevalier Planès

par Christian Wasselin

Héros d’un film, le pianiste Alain Planès joue aux Bouffes du Nord et nous promet de nouvelles sonates de Beethoven.

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IL Y AVAIT LE CHEVALIER GLUCK, il y a désormais Alain Planès, chevalier dans l’Ordre de la légion d’Honneur. Mais Alain Planès, pianiste d’abord et avant tout, est aussi le héros d’un film. Solrey, alias Dominique Lemonnier, a eu en effet la bonne idée de consacrer un documentaire à ce pianiste attachant, né à Lyon en 1948, élève de Jean Doyen puis de Jacques Février, disciple de François Michel, plus tard adoubé par Menahem Pressler et Rudolf Serkin, mais aussi figure flamboyante d’un phalanstère dans les années 70 du côté de Montparnasse, amoureux des peintures de Miro et du Caravage, etc. Un film chaleureux, comme on l’imagine, intitulé Alain Planès, l’infini turbulent, mais un peu trop saturé de musique, comme s’il fallait que la musique soit toujours audible dès qu’il s’agit de présenter ou de faire parler un musicien. Un silence vaut souvent mieux qu’un fond musical omniprésent.

Ce film d’environ 50 mn était diffusé le 12 décembre dernier au théâtre des Bouffes du Nord, en prélude au récital donné par Alain Planès qui réunissait des pages signées Schubert, Chostakovitch et Stockhausen. On s’étonnera que le pianiste ne nous ait offert que trois des quatre Impromptus op. 90, tant cet ensemble constitue un cycle parfait. Mais ne nous plaignons pas : Planès, à la faveur des bis, est revenu à Schubert avec une danse on ne peut plus balancée, plus habitée aussi, plus lyrique que ses Impromptus, danse qui suivait un mouvement lent de Haydn animé par un cantabile idéal.

Stockhausen fantasque

À la suite des Impromptus, Alain Planès avait choisi d’interpréter la Sonate n° 2 de Chostakovitch, composée en 1943, beaucoup moins riche de fantaisie et d’imprévu que la Première Sonate du même Chostakovitch (datée de 1926). Une œuvre qu’il maîtrise parfaitement, mais qui rend peu justice au talent de l’interprète, tant cette musique donne dans l’âpreté et se refuse à toute séduction. Le récital s’achevait par le Klavierstück IX de Stockhausen, qui fut créé en 1962, à Cologne, par Aloys Kontarsky. Malgré son refus de l’épanchement, cette page paraît paradoxalement plus imprévue, plus fantasque aussi que la sonate de Chostakovitch. Alain Planès y déploie son sens de l’architecture et son art d’habiter les silences.

Alain Planès, on l’a dit, a été fait chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur. La cérémonie avait lieu sur scène et faisait partie du spectacle, tout comme le film précédant le récital. C’est Catherine Tasca, ancienne ministre de la Culture, mais aussi ancienne administratrice de l’Ensemble intercontemporain (dont Alain Planès fut le pianiste de 1977 à 1981) qui lut le discours et remit la médaille au récipiendaire.

Alain Planès a déjà gravé des disques consacrés à Chabrier, Janacek et Debussy. On a hâte, maintenant, d’écouter les premières plages de l’enregistrement des Sonates de Beethoven qu’il nous promet. Sur instrument historique – ou instruments historiques, sachant que Beethoven, jusqu’à la « Hammerklavier  », a accompagné l’évolution de la facture instrumentale de son temps.

photographie : Alain Planès vu par Solrey (Galilea Music)

Schubert : Impromptus op. 90 n° 1, n° 3 et n° 2. Chostakovitch : Sonate n° 2 en si mineur, op. 61. Stockhausen : Klavierstück IX. Alain Planès, piano. Théâtre des Bouffes du Nord, lundi 12 décembre 2016.

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