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Critiques / Théâtre

Le Voyage de G. Mastorna de Federico Fellini

par Gilles Costaz

Le tournage qui n’a jamais eu lieu

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Nous étions sans doute nombreux à l’ignorer : Fellini a pendant des années rêvé de tourner un scénario qu’il avait écrit lui-même, qu’il jugeait extraordinaire mais qui faisait peur aux producteurs et à… lui-même. Finalement, ce script, Le Voyage de G. Mastorna, fit l’objet d’une bande dessinée et ne fut jamais réalisé. Le héros est un violoncelliste, Giuseppe Mastorna, qu’un accident d’avion dépose dans une ville inconnue et où tout est déglingué. Il s‘y déplace comme un égaré, tente de justifier de son identité et de revenir à la musique.
Aidé, pour l’adaptation, de Thomas Quillardet et Aurélien Hamard-Padis, Marie Rémond n’entreprend pas l’impossible – faire le film que Fellini n’a pas fait – mais donne une double représentation superposée : celle des épisodes essentiels du scénario à travers certaines de ces scènes, celle du tournage tel qu’il peut être imaginé d’une manière toute fictive. Cela entraîne beaucoup d’agitation sur le deuxième plateau de la Comédie-Française, placé au centre d’un dispositif bi-frontal, et cette précipitation, qui est celle des lieux de création, crée un bonheur communicatif. Du coup, l’on suit plus le tournage imaginaire que le script laissé par Fellini.
Ce n’est pourtant pas une bonne idée d’avoir confié le rôle du maestro à Serge Bagdassarian, excellent comédien, vif et profond, mais sans ressemblance avec le réalisateur. Lui faire porter la caméra de M. tout le monde est une erreur regrettable. Le cinéma, c’est un mythe et les caméras 35 mm sont des mythes. Il fallait en passer par là et ne pas mimer un tournage avec le bas de gamme du cinéaste amateur. Mais la plupart des acteurs savent trouver la vérité mâtinée de légende nécessaire à cette réinvention : Laurent Lafitte, qui incarne Mastroianni (sa partition n’est consistante que sur la fin, il s’en empare fort bien dans la dernière demi-heure), Christophe Montenez, Yoann Gasiorowski, Georgia Scalliet (méconnaissable, de façon très plaisante), Jennifer Decker, Nicolas Lormeau, Alain Lenglet. Le tout est un peu touffu, en raison du nombre de pistes suivies, mais c’est ce qu’on aime : un moment d’une vraie densité, dont on emporte une part de l’énigme en s’en allant.
A propos d’énigme, on vous en révèle une, éclairée par les adaptateurs. Le nom de Mastorna serait formé de deux mots : Mas comme Mastroianni et Torna comme « il revient » en italien.

Le Voyage de G. Mastorna de Federico Fellini, traduction de Françoise Pieri, adaptation de Marie Rémond, Thomas Quillardet et Aurélien Hamard-Padis, scénographie d’Alban Ho Van, costumes de Marie La Rocca, lumière de Jérémie Papin, son de Dominique Bataille, film d’Avril Tembouret, maquillage et coiffures de Cécile Kretschmar, collaboration artistique de Thomas Quillardet,
avec Alain Lenglet, Serge Bagdassarian, Nicolas Lormeau, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, Jennifer Decker, Laurent Lafitte, Yoann Gasiorowski.

Vieux-Colombier, tél. : 01 44 39 87 00 et 01, jusqu’au 5 mi. (Durée : 2 h).

Photo Vincent Pontet.

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