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Le Théâtre des Doms vers une dimension européenne

par Gilles Dumont, Laure Barrier

Philippe Grombeer, Directeur du Théâtre des Doms,

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Vous dirigez depuis trois ans le Théâtre des Doms en Avignon.
Qu’est-ce qui a motivé votre installation et la reprise de ce théâtre ?

Tout commence en 2001 en Avignon. A l’époque un ministre président de la communauté française mesure l’ampleur des problèmes que rencontrent les artistes belges, quand ils veulent exporter leurs spectacles hors des frontières de la Belgique. Il découvre en même temps que “le Théâtre de l’Escalier des Doms” est en vente. Il pense alors en faire l’acquisition dans cette perspective.

Cette démarche n’est pas tout de suite comprise. Cet investissement est critiqué par une partie de la profession et par la presse. On comprend mal l’intérêt que ce lieu éloigné de la Belgique pourrait apporter, car beaucoup ne s’imaginent pas qu’il puisse y avoir une vie après le festival d’Avignon.

En réponse à cette relative contestation, le ministre réuni un ensemble de personnes tout à fait hétéroclites et qui ne partagent pas les mêmes sensibilités, en vue d’entamer une discussion.

Au final un cahier des charges est rédigé et un appel à projets est lancé. Une vingtaine de candidats se manifestent.

Au début de l’année 2002, un jury se réunit qui retient mon projet. Je prends très rapidement mes fonctions, dès le mois de mai, car j’ai en effet pour obligation d’ouvrir le théâtre pour le festival d’Avignon 2002.

Déjà quatre festivals avec à chaque fois un véritable succès. Qu’elle est votre recette ?

Tout d’abord et j’y tiens tout particulièrement, mon dossier de candidature présentait un projet en quatre axes.

Premier axe, que le Théâtre des Doms soit un lieu ouvert à toutes les disciplines et qu’il ne soit pas simplement un théâtre de plus.

Deuxième axe, ne pas restreindre nos activités à une stricte diffusion culturelle, ce lieu se doit aussi d’être un lieu de rencontres, d’échanges de projets.

Le troisième axe est de nous centrer sur la dimension contemporaine.

Et le dernier axe, essentiel, est la notion de partenariat. En effet, il me paraissait aberrant d’arriver dans un pays, une région que l’on ne connaît pas, en pensant imposer nos artistes, sans instaurer au préalable un climat de confiance avec des partenaires.
Je me considère plus comme un “passeur” d’informations et de contacts, mettant les personnes en relation. J’ai cette chance d’avoir trente ans d’aventure derrière moi. En Belgique je travaillais beaucoup en réseau. J’ai dirigé pendant vingt huit ans un grand lieu, “Les Halles de Schaerbeek” ce qui m’a permis de me constituer un carnet de contacts qui me facilite grandement la tâche.

Au final ce qui surprend beaucoup, aussi bien en Belgique qu’ici, c’est qu’il se soit développé autant d’activités autour de la scène en relativement peu de temps.

Chaque année vous présentez un certain nombre de spectacles toujours de grande qualité. Comment fonctionne le spectacle vivant en Belgique ?

Le spectacle en Belgique est très différemment soutenu. Il existe dans notre pays deux identités bien différentes : la culture flamande et francophone.

La communauté flamande est naturellement plus riche, le PIB y est plus important et la population plus nombreuse. Il est certain qu’il y a une aide structurelle de l’Etat et des collectivités plus importante, mais cela ne suffit pas à faire de bons spectacles. Nous trouvons également un imaginaire flamand très fort, et qui crée un univers de sons et d’images bien particulier. D’ailleurs, beaucoup de collègues français y sont tout particulièrement sensible.

Tandis que du côté francophone, il reste toujours un regard envieux vers le grand frère français qui a plus de moyens. Le foisonnement y est moins visible, et c’est pour nous passionnant de faire découvrir aux collègues et au public qu’il existe en Wallonie et à Bruxelles beaucoup de créateurs. En effet, il y a un fabuleux réseau de centres culturels, de théâtres et c’est peut être pour cela qu’ils sont nombreux à se lancer dans des projets.

Néanmoins, en Belgique comme dans d’autres pays, nous rencontrons les mêmes difficultés. Les subventions publiques sont complexes à obtenir, puisque c’est la Communauté française qui finance la culture, mais que son budget vient d’une décision de l’Etat fédéral. Nous assistons à une véritable érosion des financements - soulevée avec force actuellement par les Etats Généraux de la culture - que les flamands arrivent à compenser par un dynamisme particulier et un véritable soutien “politique” de leur Gouvernement. Ce qui n’est pas le cas pour les francophones qui ne peuvent compter que sur la Communauté française dramatiquement sous-financée alors que des villes wallonnes sont souvent endettées.

Si l’aide à la création s’avère difficile, par contre le Ministère de la Culture a développé un système d’aide à la diffussion assez performant. Et il faut reconnaître qu’il existe une grande inventivité de la part des artistes et des opérateurs culturels qui ont souvent développé leurs projets avec des bouts de ficelles.

En même temps les artistes belges ont besoin de s’exporter ?

Oui, le territoire étant petit, pour une compagnie de moyenne importance qui travaille sur un texte contemporain, la compagnie jouera tout au plus une dizaine de fois et puis remettra un nouveau dossier de demande de subvention pour un nouveau projet l’année suivante.

Vous commencez à bien connaître le réseau culturel français. Quel regard portez-vous en ce moment sur le spectacle en France, son organisation et la crise qu’il traverse ?

Je voyais la France comme un pays qui soutenait la création, cela se révèle être le cas. Mais ce qui m’a surpris c’est qu’il y a moins d’appui à la diffusion.

Le réseau est important, il y a beaucoup de lieux et je partais confiant quand au fait que je pourrais me mettre en relation aisément et trouver des partenaires.

En 2002, quand je suis arrivé, la France connaissait un bouleversement politique important, sans oublier le crise de l’intermitence. J’ai été étonné de me retrouver dans la même situation que j’avais connu en Belgique vingt ans auparavant.

Tout cela ne diminue en rien la qualité des partenaires qui sont vraiment très nombreux dans la région, mais je rencontre aussi beaucoup de personnes mécontentes de la situation actuelle.

Aujourd’hui les politiques publiques sont compliquées, c’est un sujet récurent dans les réunions auxquelles je participe. J’en ai mesuré toute l’ampleur depuis que le Théâtre des Doms revendique une subvention française. Je rencontre bon nombre de collectivités, leur présente nos différentes activités et nos nombreux partenaires locaux, départementaux et régionaux. Notre travail est reconnu, mais jusqu’à présent aucune autorité publique ne se décide à nous soutenir, ce qui devient inquiétant !

Comment voyez vous l’avenir de votre théâtre ?

Ce qui est passionnant aujourd’hui, c’est que peu à peu le Théâtre des Doms représente une vraie communauté.

Nous avons des projets de coopérations, où s’échangent des savoirs-faire et des connaissances. Cela nous amène à nous retrouver avec des projets mixtes réunissant des énergies belges et françaises.

Je tiens particulièrement à ce que le théâtre s’oriente encore plus dans ce sens. J’aimerai également que le Théâtre des Doms devienne un lieu ayant une dimension européenne et où nous partagerions des projets culturels avec des regards différents.

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