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Critiques / Opéra & Classique

Le Roi du bois, opéra

par Christian Wasselin

Michèle Reverdy a fait du Roi du bois de Pierre Michon un opéra parlé, que Sandrine Anglade met en scène de manière aérienne.

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Il y a des désirs tenaces. Unies par une passion commune pour l’œuvre de Pierre Michon, Sandrine Anglade (côté mise en scène) et Michèle Reverdy (côté composition) souhaitaient depuis 2003 concevoir un spectacle musical qui utilisât un texte de l’écrivain, lequel serait déclamé, Michon n’ayant pas écrit de texte dramatique et ne devant pas être sollicité en tant que librettiste au sens coutumier du mot. La prose de Michon, selon certains, est en effet animée par une oralité que portent ses rythmes et ses sonorités propres. Une dizaine d’années plus tard, le projet a pris corps et c’est ainsi qu’est né Le Roi du bois, qui vient d’être créé au Théâtre 71 de Malakoff.

On retrouve dans ce spectacle le projet d’origine : un texte narratif, une musique spécialement imaginée pour dialoguer avec les mots, l’ensemble étant servi par un comédien inspiré, un quatuor à cordes qui joue doublement (il interprète la musique et se déplace sur la scène) et une mise en scène élégante de légèreté.

On peut s’interroger cependant sur les vertus théâtrales du texte de Michon. Le Roi du bois raconte l’histoire du jeune paysan Domenico Desiderii, qui voit un beau jour une princesse descendre d’un carrosse puis trousser haut ses jupes. Pour approcher un monde dont il est étranger, il va se mettre au service du peintre Claude Lorrain mais restera témoin d’un univers qui lui échappera jusqu’au bout. Le XVIIe siècle, le pouvoir, les apparences, le sacré, l’insaisissable en tout, la peinture (thème également abordé par Michon dans Vie de Joseph Roulin et Les onze), l’échec, tels sont les ressorts d’un texte écrit dans une langue splendide, que Jacques Bonnaffé dit avec une gourmandise inquiète, mais qui se prête peu à la représentation. Pour qu’un dialogue s’installe, Michèle Reverdy a écrit une partition sensible qui sourd des tréfonds du pianissimo, s’anime, devient lyrique (on songe en passant à la Suite lyrique de Berg), joue des unissons puis s’éparpille, se brise, revient sur elle-même, mais en aucun cas ne sert de simple toile de fond ou de faire-valoir à la parole. On ne peut pas parler de mélologue ou de mélodrame à proprement parler ; faut-il oser le néologisme mélithope (forgé sur les racines des mots grecs musique et comédien) ?

On a cité Jacques Bonnaffé, sonore, grave, léger, bondissant. Le jeune Michaël Oppert lui donne la réplique avec grâce, et l’excellent Quatuor Varèse, qui se déploie sur scène à la manière d’une mini-compagnie de théâtre et de danse, se glisse lui aussi à merveille dans le spectacle. Il y a même un personnage muet, lointain comme une conscience, qui se révèle être le régisseur mais apporte sa part de mystère. Car Sandrine Anglade a imaginé là une mise en scène qui ne pèse pas, bien qu’elle soit fort travaillée. Cacher l’art par l’art même, disait Rameau ! Quelques éléments de décor en forme de voiles et de cordages, des lumières, des mouvements qui habitent l’espace sans le saturer, et le tour est joué.

photo Pascal Gély

Le Roi du bois, opéra parlé de Michèle Reverdy sur un texte de Pierre Michon (la plupart des écrits de cet auteur sont publiés aux éditions Verdier). Avec Jacques Bonnaffé, Michaël Oppert (en alternance avec Roman Rondepierre), le Quatuor Varèse. Mise en scène de Sandrine Anglade. Théâtre 71, Malakoff (www.theatre71.com) jusqu’au 13 octobre, puis en tournée dans toute la France jusqu’au 14 février.

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