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Le Requiem de Berlioz comme vous ne l’avez jamais entendu

par Christian Wasselin

Certains disques font la révolution. C’est le cas de ce Requiem dirigé par Paul McCreesh qui par la magie des mots renouvelle les sons.

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Le Requiem de Berlioz bénéficie d’une discographie relativement abondante, mais il faut se rendre à l’évidence : seuls cinq ou six de ces enregistrements méritent vraiment le détour, la plupart, curieusement, se caractérisant par un sentiment de grisaille, de monotonie, d’ennui, avec des timbales qui marmonnent et des fanfares sonnant comme des marches militaires ou d’aimables parties de chasse. Constat étonnant pour une œuvre dont la rumeur dit qu’elle est fracassante ! Rares sont les versions qui donnent l’impression que le chef, comme le recommandait Berlioz lui-même, sente avec le compositeur. Rares également sont celles qui allient le théâtre et la ferveur, la délicatesse et la fièvre, l’angoisse et la consolation, en un mot : qui transportent.

Et voici qu’arrive un tout nouvel enregistrement, effectué sur le vif en septembre 2010 à l’église Marie-Madeleine de Wroclaw (Pologne), par l’un de ceux qu’on attendait : Paul McCreesh. Car c’est bien les chefs issus de l’univers qu’on appelle baroque qui peuvent nous donner le plus et le mieux, désormais, quand il s’agit de Berlioz. Gardiner et Norrington hier, Marc Minkowski aujourd’hui nous l’ont montré.

On est ici aux antipodes de la routine, le chef ayant par ailleurs réuni des forces musicales a priori hétéroclites mais portées par le même engagement, comme c’est toujours le cas lorsqu’on rassemble de jeunes interprètes pour une occasion exceptionnelle : les Gabrieli Consort & Players, familiers de Purcell et de Monteverdi, le Chœur et l’Orchestre philharmonique de Wroclaw, l’ensemble de cuivres de l’École de musique de Chetham, qui joue sur instruments historiques. La prise de son brouille parfois les détails, notamment dans les cordes (celle de l’enregistrement Norrington, chez Hännsler, permettait de goûter l’usage particulier que fait le ce chef du vibrato), mais on imagine tout à fait quelle fut l’intensité de ces moments pour ceux qui étaient présents dans la cathédrale. Tempos retenus mais maîtrisés (sauf dans le « Quaerens me », étonnamment rapide), sens du relief, couleur particulière des timbales françaises du XIXe siècle, sauvagerie des moments dramatiques (ah, la danse des morts dessinée par la perspective lointaine de la grosse caisse à la toute fin du « Lacrymosa » !), étrangeté de certaines phrases (l’introduction archaïque et rugueuse du « Dies irae »), tout concourt à l’émerveillement. Avec un « Hosannah » pris dans une lenteur bienheureuse (et préparé par la voix de ténor idéalement planante de Robert Murray, situé dans les hauteurs de la cathédrale), qui renouvelle entièrement le « Sanctus ».

Mais ce n’est pas tout : cette Grande Messe des morts innove par ailleurs car il s’agit de la première qui utilise la prononciation du latin telle qu’elle était pratiquée en France à l’époque de Berlioz. Prononciation qui a perduré jusqu’à ce que l’usage de cette langue disparaisse dans les églises. Entendre « Tuba mirome » et non pas « Touba miroume », « Quid somme miser » et non pas « Quouid soum miser », « Judicantus » et non pas « Youdicantous », « Jésu » et non pas « Yésou », etc., donne une tout autre couleur à l’ensemble et renouvelle entièrement notre écoute, au point que le « Quid sum miser » sonnerait presque à la manière d’un moment de chant grégorien ! Où il est prouvé, s’il le fallait encore, que les paroles et la manière de les aborder constituent un élément essentiel dans l’image sonore d’une œuvre musicale.

Comme le dit un commentateur anglais, « Now, Paul, how about a Troyens… ».

Berlioz, Grande Messe des morts, dir. Paul McCreesh. 2 CD NFM. A noter qu’il s’agit là du premier enregistrement de la série NFM créée par Paul McCreesh.

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